L’endettement de la Corée

2016 October 13
by Corée Affaires

Par Christophe Bonneau, pour le service économique de l’ambassade 

L’endettement coréen (dette publique, dette externe, dette des ménages et dette des entreprises) ne présente pas à ce jour de risque systémique. Le niveau de dette publique est faible et l’endettement externe est en diminution ; quant à l’endettement des ménages et des entreprises, s’il est en hausse, les cas de défauts demeurent limités. Le vieillissement rapide de la population coréenne pourrait toutefois remettre en cause l’équilibre des finances publiques et aggraver le niveau d’endettement déjà élevé des ménages. La concentration croissante de la dette dans des entreprises peu ou pas rentables appelle aussi une vigilance.

  1. L’endettement coréen ne présente pas à ce jour de risque systémique

Selon les observateurs internationaux, les niveaux actuels de dette en Corée ne menacent pas la stabilité du pays. Le FMI et l’OCDE, dans leurs rapports les plus récents, n’identifient pas de risque systémique majeur lié à cette dette. L’endettement public est faible en Corée (36% du PIB), donnant des marges de manœuvres budgétaires importantes au pays ; l’endettement des entreprises est globalement raisonnable (ratio d’endettement sur PIB de 106%), et l’endettement des ménages, s’il est élevé (164% du revenu disponible), demeure associé à un risque de défaut faible.

L’endettement externe de la Corée est en diminution depuis la crise de 2008. Le montant de la dette de court-terme est  retombé de 190 Md USD en septembre 2008 à moins de 110 Md USD en décembre 2015. Il est désormais plus de trois fois couvert par les réserves de devises de la Corée, qui ont presque doublé sur la période, passant de 200 à 368 Md USD. Le montant total de la dette extérieure est retombé pour la première fois depuis 2010 sous le seuil des 400 Md USD (397 Md USD en décembre 2015). Si la Corée a par le passé été vulnérable aux chocs extérieurs, avec des épisodes de fuite des capitaux et de dépréciation rapide du won en 1997 et 2008, elle semble  désormais mieux protégée face à de tels risques, car moins dépendante des financements extérieurs.

  1. L’équilibre des finances publiques coréennes est menacé par le vieillissement rapide du pays

L’endettement public de la Corée est l’un des plus faibles de l’OCDE ; à 38% du PIB en 2015, contre 96% en France, 111% en moyenne dans l’OCDE et 226% au Japon. Si les finances publiques coréennes ont été déficitaires en 2012, 2013 et 2014, la croissance soutenue du PIB sur cette période a permis d’en contenir la répercussion sur le taux d’endettement, qui n’a progressé que de 6,5 points en 5 ans. En 2015, la Corée a renoué avec une situation budgétaire excédentaire.

Toutefois, le vieillissement accéléré de la population met à l’épreuve le modèle coréen de finances publiques, jusqu’à présent fondé sur une faible fiscalité, un faible niveau de dépenses publiques et un budget globalement à l’équilibre. Dès l’année 2017, la population active coréenne devrait amorcer un déclin, ce qui exercera à la fois une pression à la baisse sur les recettes fiscales (du fait du tassement de la croissance potentielle coréenne à prévoir) et surtout une pression à la hausse sur les dépenses sociales. Ces dernières sont déjà passées de 6,5% du PIB en 2005 à 10,6% en 2014, ce qui reste le 3e ratio le plus faible de l’OCDE, mais elles pourraient représenter jusqu’à 29% du PIB d’ici 2060 si la tendance actuelle se poursuit. Le fonds de pension national coréen NPS passerait dans ces conditions de sa situation actuelle d’excédent (+3,3% du PIB en 2015) à un déficit équivalent à 4,1% du PIB en 2060.

endettement des ménages, Corée

       3. L’endettement des entreprises est concentré dans des poches de vulnérabilité

L’endettement des entreprises coréennes demeure globalement raisonnable selon le FMI et l’OCDE, mais il continue d’augmenter. Le ratio moyen d’endettement sur fonds propres, de 134% en 2014, est globalement en baisse. Rapporté au PIB, en revanche, l’endettement des entreprises coréennes croît fortement, avec +20 points en 8 ans, à 106% en 2015. Cet endettement a tendance à se concentrer dans les secteurs mis en difficulté du fait de la baisse des exportations coréennes, du ralentissement de la croissance mondiale et/ou de l’intensification de la concurrence chinoise, tels que les chantiers navals, le transport maritime, l’aciérie et la construction. Dans ce contexte, le taux annuel de défaut sur la dette a atteint 0,19% en 2014, son plus haut niveau depuis 2001.

La concentration de l’endettement dans des entreprises structurellement non-rentables et des secteurs en difficulté pourrait peser sur le bilan de certaines banques privées et surtout publiques. Presque 20% de la dette des entreprises coréennes est en effet due par des entreprises dont la profitabilité est négative (soit le 2e plus haut taux d’Asie), ce qui oblige de manière croissante les banques à se porter à leur secours. Les lourdes pertes enregistrées par le groupe DSME (4,3 Md USD en 2015) ont ainsi nécessité en octobre 2015 un plan de sauvetage de 3,7 Md USD mené par les banques publiques KDB et Kexim. En décembre 2015, le gouvernement a décidé la création d’un fonds de 1,2 Md USD, porté notamment par la KDB, afin de venir en aide au secteur du transport maritime.

  1. L’endettement des ménages, à 164% du revenu disponible, pèse sur la consommation

L’endettement des ménages coréens est élevé, mais le risque de défaut de paiement demeure faible. Les ménages coréens sont en moyenne endettés à hauteur de 164% de leur revenu disponible[1], contre 126% en moyenne dans l’OCDE. Cet endettement représente 88% du PIB. En parallèle de la hausse de la dette des ménages, il faut noter celle, comparable, des actifs immobiliers détenus par les ménages, témoignant d’un endettement généré par l’immobilier et non par des dépenses de consommation courante. Au total, les cas de non-remboursement par les ménages demeurent faibles, avec un taux de défaillance de 0,42% à fin 2015.

L’endettement des ménages freine la relance, souhaitée par les pouvoirs publics, de la consommation privée, les Coréens allouant une part croissante de leurs revenus au paiement de leurs intérêts, et non aux achats courants. Les baisses successives du taux directeur en 2014 et 2015 (de 2,5% à 1,25 %) et l’assouplissement des conditions d’accès au crédit hypothécaire[2] ont stimulé la croissance du crédit aux ménages (+10% en 2015 contre +6% en 2012), mais leurs effets sur la relance de la consommation ont été limités à l’immobilier (+19% de transactions en 2015, contre 2% d’augmentation de la consommation privée).

En outre, l’endettement des ménages a tendance à se concentrer chez les populations les plus vulnérables : seniors et travailleurs non-réguliers, aggravant encore leur précarité. A titre d’exemple, la dette des plus de 60 ans s’élève en moyenne à 73% de leurs actifs financiers, soit 9 points de plus que le ratio national (64%) et plus de 3,5 fois le ratio américain ou allemand (20%). Ce phénomène devrait s’intensifier avec le départ à la retraite de la génération des baby-boomers[3], les retraités se voyant souvent contraints de s’endetter en raison de la faiblesse des revenus de pensions.

Face à cette situation, le gouvernement coréen a lancé à l’été 2015 un plan d’assainissement de l’endettement des ménages, mais l’environnement de taux bas limite son efficacité. Ce plan s’appuie notamment sur des incitations des banques pour faire diminuer la proportion des prêts à taux variables (64%), au profit de ceux à taux fixe, et de promouvoir des prêts dont les mensualités incluent non seulement les intérêts mais également une fraction du principal de la dette (amortized loans). A ce jour, les taux d’intérêts coréens demeurent bas, mais leur progression, en cas de remontée des taux de la FED, pourrait avoir un impact négatif sur les finances des ménages et le dynamisme de la demande intérieure.

Pour en savoir plus sur l’actualité économique coréenne, rendez-vous sur le site de la FKCCI.

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