Situation économique de la Corée en 2016

2017 February 16

Par le service économique de l’ambassade française en Corée

Corée Affaires situation économique de la Corée en 2016

1. Des exportations en ralentissement prolongé pèsent sur la croissance

L’économie coréenne a connu un rythme de croissance modeste au cours des 9 premiers mois de l’année 2016. La croissance du 3e trimestre s’élève à 0,6% sur base trimestrielle, en léger ralentissement après une hausse de 0,8% au 2e trimestre. Faute de reprise des exportations, la croissance annuelle de 2016 sera vraisemblablement en ligne avec celle de l’année précédente (2,6%). Les prévisions de croissance annuelle ont été revues plusieurs fois à la baisse depuis le début de l’année : elles sont maintenant de 2,8% selon le Ministère des Finances, 2,7% selon la Banque de Corée et 2,6% pour le Korea Development Institute.
Le rebond encourageant des investissements d’infrastructures (+ 2,8%) et de la consommation privée (+ 1%) au 2e trimestre n’est pas parvenu à se prolonger lors du 3e trimestre. Seul l’investissement dans la construction a représenté une source de croissance stable, avec une progression trimestrielle moyenne de 4,6% durant les 9 premiers mois de l’année. La production manufacturière stagne quant à elle au même niveau qu’en 2015, notamment à cause d’une faible demande internationale.

Les exportations, moteur traditionnel de l’économie coréenne, restent en effet orientées à la baisse, malgré un rebond en novembre (+ 2,7%) : elles diminuent de 7% de janvier à novembre. La balance commerciale reste largement excédentaire, ce qui s’explique par le fait que les importations ont reculé davantage que les exportations (baisse de 8,3% sur la même période). L’excédent commercial atteint un niveau record de 82,8 Md USD de janvier à novembre, un niveau sensiblement identique à l’année précédente.
Ce ralentissement des exportations s’inscrit dans un contexte morose au niveau mondial. Les exportations coréennes vers la Chine (25% des exportations coréennes totales) diminuent notamment de 14% lors du premier se¬mestre, la baisse la plus prononcée depuis 5 ans. Le faible niveau des prix du pétrole a aussi érodé la demande des pays producteurs pour les produits coréens, et a diminué la valeur des exportations coréennes à base de pétrole (pétrochimie).

Les revers qu’ont récemment subis certaines grandes entreprises coréennes pèsent également sur les exportations : le rappel puis l’arrêt de la production du Galaxy Note de Samsung en septembre a entamé les profits de l’entreprise (- 30% au 3e trimestre) ; la série de grèves qui a eu lieu à Hyundai Motor a ralenti la production et a forcé la compagnie à annoncer qu’elle n’atteindrait pas son objectif de ventes de l’année ; enfin, la première entreprise de transport maritime du pays, Hanjin Shipping, est en redressement judiciaire depuis septembre.

2. La Corée demeure très stable financièrement mais peine à réformer son économie

notation souveraine de la CoréeLa Corée reste financièrement très stable et les risques macro-économiques sont faibles. S&P a relevé la notation souveraine de la Corée en août (de AA- à AA, le même niveau que la France) et estime que les perspectives du pays sont stables. La dette nationale ne représentait que 38% du PIB à la fin de l’année 2015. Le niveau d’endettement des ménages reste important (83,4% du PIB en 2015) mais ne présente pas de « risque systémique » selon le FMI, et le taux de défaut reste négligeable (0,3% en septembre). Les trois agences de notation principales ont par ailleurs toutes affirmé que la crise politique et la destitution de la présidente Park ne devraient pas avoir d’effet majeur sur l’économie ni affecter la notation souveraine de la Corée.

Le KOSPI a été fortement affecté par la chute des bourses à l’échelle mondiale au début de l’année puis par le Brexit et le scandale Choi Soon-sil. Ces reculs n’ont toutefois été que temporaires et l’indice a récupéré son niveau habituel (2037 points le 14 décembre). Le won connaissait quant à lui une tendance à la hausse contre le dollar depuis le début de l’année (+ 7,9% contre le dollar lors des 9 premiers mois de l’année), à laquelle l’élection de Donald Trump a mis fin (- 3% contre le dollar lors du mois qui a suivi l’élection présidentielle américaine). L’inflation devrait atteindre 1,1% en 2016, soit un niveau inférieur à la cible de la Banque de Corée (2%), mais le risque de déflation semble mineur. Le FMI est optimiste sur la question, attribuant la faible inflation essentiellement au prix du pétrole.

La mise en place de réformes structurelles d’ampleur est définitivement compromise par la crise politique qui a éclaté le 24 octobre et a conduit à la destitution de la présidente Park le 9 décembre.
La réforme du marché du travail en particulier, recommandée à la fois par le FMI et l’OCDE ne pourra être mise en place avant les prochaines élections présidentielles. Destinée à améliorer la productivité, à réduire l’écart entre les travailleurs réguliers et non-réguliers et à encourager l’emploi des jeunes et des femmes, c’est un sujet politiquement et socialement très sensible.
Les restructurations nécessaires dans le secteur de la construction navale ont provoqué des grèves lors de la première moitié de l’année. Le secteur, qui représente 6,5% du PIB et 200 000 emplois, fait face à un effondrement des commandes depuis 2014. Le gouvernement a accéléré la restructuration du secteur en 2016. Elle pourrait, selon les autorités, coûter 60 000 emplois au total – 20 000 emplois ont déjà été supprimés lors de la première moitié de l’année. Le FMI souligne toutefois que ces restructurations, si elles sont menées à bien, devraient avoir un effet positif sur la croissance à moyen terme. Au-delà de la construction navale, les secteurs du transport maritime et de l’acier, qui sont en surcapacité, pourraient aussi avoir à faire face à des restructurations similaires.

3. Une politique budgétaire et monétaire volontariste pour compenser les facteurs baissiers et soutenir la consommation intérieure

Corée Affaires situation économique de la Corée en 2016La bonne tenue de la consommation intérieure est essentielle dans un contexte de recul des exportations. Le gouvernement a prolongé jusqu’en juin 2016 les allègements fiscaux sur l’achat d’automobiles mis en place en 2015 et instauré un jour de congé supplémentaire en mai : ces mesures expliquent le rebond de la consommation (+ 1%) du 2e trimestre. Le niveau élevé d’endettement des ménages et les effets des restructurations pèsent néanmoins sur cette dynamique. L’entrée en vigueur de la loi Kim Young-ran contre la corruption en septembre est également susceptible de freiner la demande intérieure.
Le gouvernement coréen a annoncé à la fin du mois de juin un nouveau plan de relance d’un montant de 17 Md USD, puis de 8,5 Md USD supplémentaires en octobre. Centré sur le financement de mesures en faveur de l’emploi, il a notamment pour but d’atténuer les conséquences négatives des restructurations sur la demande intérieure. C’est le 3e plan de relance décidé par la Présidente Park.
La Banque de Corée a continué à assouplir sa politique monétaire avec une nouvelle baisse du taux d’intérêt directeur en juin pour atteindre 1,25%, son plus bas niveau historique. Les effets de telles baisses sur la croissance sont cependant ambigus, car ils contribuent aussi à augmenter le niveau d’endettement des ménages coréens. Le faible taux directeur a toutefois contribué au boom dans la construction.

Rendez-vous sur le site de la FKCCI pour en savoir plus sur l’économie coréenne et ses perspectives de croissance.

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