Les syndicats en Corée

2017 April 3

Par Karen Landa

Après la guerre de 1950-1953, la Corée est un pays ravagé qui cherche à se reconstruire politiquement, économiquement et culturellement. La Nation tout entière est mobilisée pour la reconstruction d’un pays qui ne possède pas de matières premières et dépend de sa main d’œuvre pour relancer l’économie.

C’est sous le climat du régime militaire du général Chun Doo-hwan que les syndicats seront officiellement reconnus en Corée du Sud. Beaucoup associent cette officialisation à la grève nationale de juin 1987, qui fut déterminante pour la reconnaissance de syndicats indépendants et démocratiques. En effet, bien qu’une loi reconnaisse déjà les syndicats en 1953, ce sont les négociations qui ont fait suite à la grève de 1987 qui les ont démocratisés. Cet événement s’inscrit d’ailleurs dans un mouvement bien plus large de démocratisation des institutions du pays et de protection des droits fondamentaux des citoyens. En 1988, on comptait 2799 syndicats puis plus de 7000 syndicats en 1989. Les syndicats commencent alors à jouer un rôle important à la fois au niveau politique en faisant légaliser la liberté d’association et au niveau économique en luttant pour l’égalité de la distribution des richesses grâce à la négociation des salaires. Les négociations entre les syndicats et les travailleurs entre 1987 et 1989 ont conduit à des améliorations des conditions de travail et de vie des salariés coréens grâce à une augmentation des salaires de 79,260 won en 1989, 600% de bonus mensuels et une augmentation conséquente du temps de repos.

En janvier 1990, la Confédération coréenne des syndicats est fondée en vue de rassembler les différents syndicats à travers la Corée et protéger les droits des travailleurs coréens de manière plus unie face aux conglomérats (chaebols) qui deviennent de plus en plus puissants dans le paysage économique coréen.

En 1997, la loi sur la promotion de la participation et de la coopération des travailleurs (Act on the Promotion of Worker Participation and Cooperation) est mise en place et déterminera les règles du fonctionnement du conseil de gestion du travail (labour management councils) : cette nouvelle loi oblige les entreprises coréennes employant 30 employés ou plus à tenir des conseils de gestion du travail qui sont consultés avant certaines décisions relatives à la gestion de l’entreprise. Ces conseils de gestion du travail sont constitués d’un nombre égal de membres représentant les employeurs et les travailleurs (de 3 à 10). En vertu de la loi, ils se réunissent une fois tous les trois mois ou plus si nécessaire.

syndicats

La loi donne sa place à la négociation collective des conditions de travail et à la représentation des travailleurs au sein des syndicats. La négociation collective se fait notamment au niveau de l’entreprise, entre l’employeur et la représentation des syndicats. Il appartient aux acteurs de la négociation d’agir de bonne foi dans le cadre défini par la loi. Tout employeur qui refuserait le dialogue social serait passible de sanctions pour pratique illégale de travail. Les accords collectifs ne lient que les travailleurs syndiqués.

Depuis 2011, la loi permet le libre établissement de syndicats : il suffit que deux travailleurs décident de créer une représentation des travailleurs et inscrivent la structure auprès du Ministère de l’emploi et du travail. La présence des syndicats dans l’entreprise est libre et l’employeur a l’obligation légale de mettre à leur disposition un local où se réunir et de permettre au représentant syndical de prendre du temps pour l’organisation. Les représentants syndicaux sont en outre protégés en cas de licenciement. De même les travailleurs qui s’affilient à un syndicat sont protégés par la loi contre toute pratique dis­criminatoire.

Le droit de grève est prévu dans la Constitution mais est strictement encadré par la loi. En cas de conflit lors de négociations collectives, les travailleurs ou l’employeur devront solliciter l’organisation d’une médiation avec les services du Ministère de l’emploi et du travail. Celle-ci doit être tenue dans un délai de 10 jours (ou 15 jours dans des secteurs clé comme les transports publics ou les soins médicaux) : une fois ce délai écoulé la grève pourra alors être déclenchée et sera considérée comme légitime. Les grévistes ne sont pas payés et peuvent être remplacés par leurs collègues non-syndiqués le temps de la grève.

Plus récemment, la jeunesse coréenne, l’un des groupes les plus affectés par la crise du marché du travail, s’est levée elle-aussi pour défendre ses droits. En 2010, la Youth Community Union est créée afin de protéger les intérêts des jeunes travailleurs âgés de 15 à 39 ans dans le monde professionnel. Elle est composée de 1300 membres et 6 branches dans les grandes villes coréennes ; au sein de ces branches figurent des organisations étudiantes et des équipes universitaires. Elles luttent activement pour sensibiliser les étudiants sur les droits du travail en organisant des campagnes pour l’obtention de meilleurs salaires, une meilleure couverture sociale et le respect des droits du travail pour la jeunesse.

D’après une étude conduite par l’OCDE, le taux de syndicalisation de la force de travail coréenne est en déclin : il est passé de 18,7% en 1989 à 10.2% en 2015. Cela représente le taux le plus bas de l’histoire du pays.

Les syndicats restent cependant très actifs dans les secteurs manufacturiers tels que le secteur automobile, la sidérurgie et la construction navale.

La division des syndicats est en partie en cause de ce taux de syndicalisation bas : il y a aujourd’hui plus de 3000 syndicats non-inscrits auprès de la Confédération coréenne des syndicats. La FKTU (1960) et KCTU (1999) sont les deux confédérations majeures de syndi­cats qui regroupent 75% des syndiqués ; la troisième organisation syndicale, la KLUC (2011) ne représente que 1,1% des syndiqués.

S’il est vrai que les actions très marquantes des syndicats des années 1970 et 1980 (sittings prolongés, tonsures, grèves de la faim…) sont moins courantes qu’elles ont pu l’être, un dialogue social plus serein s’est mis en place dans le cadre de la démocratisation du pays. Par le système mis en place, les employeurs doivent reconnaître le partage du système décisionnel en matière de conditions des travailleurs mais aussi de gestion des entreprises.

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