Agir en mode Delivery

2018 January 10
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L’ouvrage « Agir en mode Delivery », co-signé par Philippe Li, David Autissier et Jean-Michel Moutot a été publié en 2015 par les éditions Eyrolles (en français) et en 2017 par les éditions Youngin Media (en coréen). Philippe Li est président d’honneur de la FKCCI et avocat chez Kim & Chang.

Propos recueillis par Marion Noirot

 

Pouvez-vous nous parler de la genèse de cet ouvrage ?

A l’occasion du « World Knowledge Forum » qui s’est tenu à Séoul en 2012, Monsieur Jim Yong Kim, Président de la Banque Mondiale, avait fait un discours d’ouverture enthousiasmant sur le concept de « Delivery » dans son action au sein de l’institution qu’il dirige. Dans le public se trouvaient plusieurs personnalités françaises, et nous avions été frappés de constater que le concept de « Delivery » tel qu’il a été popularisé en anglais n’avait pas été aussi approfondi dans la langue française. Dans la langue coréenne non plus d’ailleurs. Cela m’a donné l’idée de réfléchir sur ce concept.
Puis en 2013, j’ai donné une conférence à la Maison de la Chine à Paris sur un thème un peu provocateur : « Pourquoi les pays asiatiques réussissent-ils mieux que nous ? ». David Autissier et Jean-Michel Moutot, qui écrivent beaucoup sur le management et le changement dans l’entreprise, assistaient la conférence et m’ont proposé que nous écrivions un livre ensemble.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste l’action en mode Delivery ?
C’est faire ressentir la notion d’efficacité et d’efficience en montrant que les résultats ne reposent pas sur une formule mathématique imparable mais sur le travail, l’engagement et l’expérimentation. Tout en se donnant une perspective concrète de résultat, car aujourd’hui nous sommes obligés d’aboutir dans tout ce que nous entreprenons.

La première partie du livre décrit le monde d’aujourd’hui, complexe, interconnecté et en perpétuel mouvement. Comment avez-vous réussi à synthétiser cette complexité qui touche à la fois l’économie, la politique et les sociétés ?
L’idée de l’ouvrage était aussi de montrer en quoi la réalité évolue. Nous avons voulu insister sur deux éléments qui nous entourent et ne sont pas forcément visibles. Le premier est la mutation accélérée et massive du monde et la perception d’une réalité transformée avec les nouvelles technologies. Le second est la propagation de l’énergie collective. La Corée est un laboratoire formidable pour appréhender ces deux aspects.

Le livre est conçu comme un manuel pratique. Est-il plus particulièrement destiné à l’action individuelle ou plutôt l’action collective ?
C’est un tout indissociable car on vit et on agit toujours dans une communauté matérielle et virtuelle. C’est une réflexion personnelle à la base qui doit être reliée à l’action d’une entreprise, d’un groupe, à une perspective d’ensemble.

Philippe-Li

Comment avec vos deux co-auteurs avez-vous puisé dans votre expérience de carrière en Asie et plus largement dans un contexte interculturel pour proposer ce mode d’action et de réflexion ?
Nous avons essayé d’avoir un partage de visions et d’expériences. L’Asie est un élément de réflexion, mais pas le seul. D’ailleurs ce qui fonctionne en Asie ne va pas fonctionner partout ailleurs dans le monde. Nous avons voulu donner du relief à des choses sur lesquelles on passe rapidement, et qui sont des ressources et des richesses. C’est la distanciation que nous pouvons avoir grâce à une perspective interculturelle qui permet cette mise en relief.

Vous qui connaissez aussi bien la France que la Corée, pensez-vous que sur certains points la Corée et la France peuvent mutuellement s’inspirer pour gagner en efficacité ?
En France, on intellectualise beaucoup les choses. Cela peut parfois aboutir parfois à un excès de théorisation et une absence de prise de décision. Ce que nous souhaitons prôner, c’est le fait d’aller vers l’action même si notre construction n’est pas parfaite. L’expérimentation, la recherche et l’engagement requièrent cette capacité d’adaptation en fonction des situations. Parfois les objectifs eux-mêmes évoluent au cours de la mise en oeuvre d’une action.
La Corée est très performante dans les situations de périls, il y a une prise de conscience aiguë de la crise et une forte capacité à se surpasser en passant à la vitesse supérieure. C’est le cas par exemple quand des entreprises coréennes ont un objectif stratégique et se mobilisent pour lancer un nouveau produit. Je ne dis pas qu’il n’y a pas un élan en France mais on le ressent moins, ce qui incite moins à l’engagement et à se surpasser.
A l’inverse, en France il y a plus de créativité et de spontanéité dans les entreprises. Les objectifs sont posés plus clairement et cela permet une bonne compréhension du projet. Le management est plus participatif en France qu’en Corée. Dans les entreprises coréennes il y a d’un côté cette énergie collective qui fait avancer les choses, et en même temps des lourdeurs et des carcans assez incroyables dans des grands groupes si modernes et ouverts à international.
Aucun modèle ne surpasse un autre, car les défauts d’un système sont aussi ses atouts. Il faut toujours appréhender les choses par rapport à un certain contexte. L’un peut inspirer l’autre mais cela ne va pas au-delà d’une certaine contemplation intellectuelle. Il est intéressant de voir comment une personne ou un groupe qui prend conscience de ce modèle dans une entité donnée peut le transposer dans un autre contexte et transcender sa propre fibre.
Ce n’est pas un hasard si les lieux les plus compétitifs au monde -Singapour et Hong-Kong par exemple- sont ceux qui sont au carrefour et au confluent de différentes civilisations et expériences. Une somme de connaissances, de visions et d’actions y sont apportées par des personnes et des institutions dans un certain contexte et intégrées dans un autre, ce qui aboutit à une fluidité dans l’action et à des résultats tout à fait exceptionnels.

Relire ici un article du Corée Affaires sur le management interculturel.

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