Rencontre avec: Luc Lesénécal, Président de l’Association Nationale des Entreprises du Patrimoine Vivant

2018 July 4
by Corée Affaires
Luc Lesénécal, Président de l'Association Nationale des Entreprises du Patrimoine vivant

Luc Lesénécal, Président de l’Association Nationale des Entreprises du Patrimoine vivant

Le label français Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV) a été créé en 2006 pour distinguer des entreprises françaises aux savoir-faire artisanaux et industriels d’excellence.

Le label EPV peut « être attribué à toute entreprise qui détient un patrimoine économique, composé en particulier d’un savoir-faire rare, renommé ou ancestral, reposant sur la maîtrise de techniques traditionnelles ou de haute technicité et circonscrit à un territoire » (loi en faveur des PME du 2 août 2005).

Les entreprises labellisées représentent actuellement plus de 63 429 emplois et un chiffre d’affaires cumulé annuel de plus de 13,8 milliards d’euros. Les EPV couvrent 7 grands univers : équipements professionnels, patrimoine bâti, décoration, arts de la table, gastronomie, culture et loisirs, mode et beauté.

Corée Affaires a rencontré Luc Lesénécal, Président de l’Association Nationale des Entreprises du Patrimoine Vivant.

Monsieur Lesénécal, le label EPV a fêté ses 10 ans en 2016. Pouvez-vous nous parler de lévolution du label au cours de ces 10 années ?

Nous comptons aujourd’hui 1377 entreprises labellisées sur l’ensemble du territoire français et dans tous les grands secteurs d’activités. Il y a certes une concentration plus importante en Ile-de-France et dans certaines régions comme l’Auvergne, Nouvelle Aquitaine, Rhône-Alpes, mais de façon générale on retrouve des EPV partout en France. Le label rassemble aussi bien des PME que des grandes entreprises.

10 ans, c’est à la fois un bel anniversaire mais c’est encore un peu jeune pour que tout le monde connaisse bien ce label, surtout à l’international. Il ne faut pas oublier que plus de 78% des entreprises labellisées réalisent une partie de leur chiffre d’affaires à l’international. L’export représente même le principal débouché pour 15% des entreprises labellisées. Faire connaitre le label EPV en France, mais également à l’étranger, est donc un enjeu essentiel pour nous.

Le label concerne une grande diversité d’entreprises et de secteurs d’activités. Comment gérez-vous cette grande diversité d’entreprises et de secteurs d’activités ?

Les EPV représentent souvent des objets cultes et emblématiques. On peut citer le vase Lalique, la chaise bistrot Drucker, le poivrier de chez Peugeot, l’arrosoir Guillouard, la dentelle de Calais, la pipe de St Claude, la marinière Saint James, les fourneaux Lacanche, les chaussures Repetto, les pinceaux Leonard, les chaussures Paraboot, la cuisinière La Cornue, la chaise Tolix, le baigneur Petitcollin, les pastels de La Maison du Pastel et bien d’autres encore.

Nous gérons cette diversité de façon simple, car toutes ces entreprises ont des valeurs communes et une même philosophie. Ce sont ces mêmes valeurs que l’on met en avant en France ou à l’export.

Quels sont les principaux avantages du label pour les entreprises membres ?

Les entreprises, pour celles qui le veulent, sont fédérées au sein de l’Association Nationale des Entreprises du Patrimoine Vivant, que j’ai l’honneur de présider, et qui met en place de nombreuses actions communes. Pour la Normandie par exemple, nous avons réalisé des petits films d’une minute trente qui mettent en avant le savoir-faire plus que la marque. Ce sont des outils de promotion que nous avons utilisés par exemple lors de notre venue en Corée à l’automne 2017. Nous essayons de dupliquer cette initiative dans toutes les autres régions.

Nous facilitons également le rassemblement des EPV à des grands salons comme le salon Made in France. L’identité visuelle commune et la proximité valorisent à la fois les entreprises membres et le label. Autre exemple, les 12 et 13 octobre prochains, nous organiserons les journées des savoir-faire d’excellence. Pendant ces deux jours, les entreprises qui ne se visitent pas le reste de l’année accueilleront exceptionnellement des visiteurs.

Enfin, les entreprises labellisées bénéficient de certains avantages. On peut par exemple citer la prime pour les contrats d’apprentissage, qui vise à encourager la transmission de ces savoir-faire d’exception.

En octobre 2017, vous vous êtes rendu en Corée dans le cadre d’une mission avec la région Normandie. La marque que vous dirigez, Saint James, rencontre un succès important en Corée. Pensez-vous que le label EPV contribue à cette réussite ? Les consommateurs coréens sont-ils sensibles aux notions de patrimoine, d’excellence et d’artisanat mises en avant par le label EPV?

Absolument ! Depuis une dizaine d’années, il y a une nouvelle tendance très fortement marquée chez les nouveaux consommateurs, qu’ils soient coréens, japonais, français, américains ou autre. Ils consomment différemment, ils veulent de la traçabilité, ils veulent savoir comment ou par qui a été fabriqué le produit qu’ils achètent, ils veulent que leur achat ait du sens et s’inscrive dans la durée. Je pense que le label EPV met tout cela en avant. Quand on achète un pull Saint James, on sait qu’il a été produit à Saint James en Normandie, par un personnel qualifie formé pendant 18 mois, et que 22 km de fil de laine ont été nécessaires pour le fabriquer. C’est ce qui est mis en avant par le label et c’est ce que recherchent les consommateurs.

Je pense que dans les années à venir, sur le marché du prêt-à-porter – en dehors du marché du luxe – deux grandes tendances vont dominer : la fast-fashion et le premium. Il faut toujours vendre une différence au consommateur. La fast fashion vent une rapidité dans la logistique, une grande réactivité aux tendances et un moindre coût. Les EPV vendent une valeur différente, des produits de grande qualité issus d’un savoir-faire exceptionnel. La moyenne gamme qui ne sait pas se distinguer disparait progressivement. Les consommateurs premium sont de plus en plus nombreux.

C’est la grande tendance des années à venir et il s’agit bien d’une tendance internationale.

Le 30 novembre dernier, une convention de partenariat a été signée entre CCI International, CCI France International et l’Institut Supérieur des Métiers, qui gère le label EPV au nom de l’Etat, pour renforcer l’accompagnement à l’international des entreprises bénéficiant du label EPV. En octobre dernier, la FKCCI a accompagné une entreprise labellisée EPV, Ateliers Imageries d’Epinal, pour une mission de prospection en Corée. Comment les Chambres de Commerce et d’Industrie internationales peuvent soutenir la stratégie de développement international du label EPV et de ses entreprises membres ?

Au niveau national, nous avons signé ou sommes sur le point de signer des conventions avec 3 partenaires fondamentaux, le réseau des Chambres de commerce et d’industrie à l’international, Business France et Atout France. L’objectif est de permettre un accès prioritaire à ces 3 grandes organisations pour promouvoir les entreprises françaises labellisées EPV. La coopération avec les CCI à l’étranger se déroule extrêmement bien, car les Chambres ont parfaitement conscience du grand intérêt que présentent les EPV au niveau national et international.

Par ailleurs, je pense que les EPV ont deux grandes voies de développement pour les années à venir: l’export et le tourisme du savoir-faire.

Les touristes qui visitent la France souhaitent bien sûr voir la Tour Eiffel, le Mont St Michel etc, mais ils ont aussi de plus en plus envie de découvrir des entreprises qui ont un savoir-faire d’excellence et produisent des objets symboliques connus à l’international. Ce sont ces mêmes touristes qui veulent déjeuner localement des produits locaux : gigot de pré salé, poissons pêchés du jour ou de bons fromages AOP en Normandie. C’est un tourisme qui va évoluer et se développer dans les prochaines années et je pense que c’est un atout pour les EPV.

Ce tourisme peut tout à fait intéresser les Coréens. 11e économie mondiale, la Corée a misé tout son développement économique sur la formation. Les Coréens reçoivent une éducation de très grande qualité et ils s’intéressent à la culture, au savoir-faire, à l’Europe et à la France. Je connais bien l’Asie et il me semble que la Corée est le pays le plus latin d’Asie, et peut-être le pays asiatique avec le plus de proximité avec l’Europe et avec la France.

Retrouvez l’intégralité du Corée Affaires numéro 105 ici.

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