Labellisation du tourisme durable : entre jungle occidentale et steppe orientale

2018 August 10
by Corée Affaires
Par Catherine Germier-Hamel, Founder & CEO - Senior Consultant, Millennium Destinations

Activité humaine par définition si ce n’est par excellence, le tourisme est également l’une des principales industries d’exportation au monde, en croissance continue depuis 2009. Selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), le nombre d’arrivées internationales de touristes s’élevait à 1,2 milliard en 2016 et devrait atteindre 1,8 milliard d’ici 2030. Principale source de revenus pour de nombreux pays en développement, le tourisme représenterait 9% du PIB mondial et 1 emploi sur 11 selon l’OMT. Si les effets directs, indirects et induits (entraînés) des dépenses touristiques sont désormais relativement bien estimés, les impacts sociaux et environnementaux du tourisme demeurent sujets à caution faute d’une évaluation suffisante.

GSTC Training on Sustainable Tourism à Bangkok, 26-28 mars 2018 © GSTC

GSTC Training on Sustainable Tourism à Bangkok, 26-28 mars 2018 © GSTC

A chaque instant de notre vie, nous nous trouvons face une multitude de choix qui nous amènent à prendre des décisions plus ou moins conscientes, éclairées ou risquées. En ce sens, le concept de durabilité nous incite à mieux maîtriser la portée de nos actes tout en nous orientant vers des modes de consommation et production responsables, respectueux et raisonnés. En validant ou vantant la qualité et la durabilité d’organisations, produits et services ou autres initiatives, les systèmes de certification et labellisation seraient censés nous guider sur les voies tortueuses du développement durable. Ce n’est pas forcément le cas pour les secteurs du tourisme et de l’hôtellerie où profusion rime souvent avec confusion, avec près de 150 normes, écolabels, certifications recensés dans le monde entier, principalement dans les pays occidentaux. Ce foisonnement reflète inévitablement la multiplicité et la diversité des territoires et activités touristiques mais diminue d’autant la lisibilité et la légitimité de ces étiquettes éthiques.

Site touristique écologique, Suncheon Bay, Suncheon-si, Jellanam-do, Corée du Sud

Site touristique écologique, Suncheon Bay, Suncheon-si, Jellanam-do, Corée du Sud

Si la certification environnementale a mis du temps à s’imposer en Asie, on constate quelques avancées prometteuses, les valeurs vertes ayant tendance à se propager assez rapidement dans les sociétés asiatiques où dominent le collectivisme et la pression des pairs (peer pressure) et des pouvoirs en place. En Corée, la volonté politique existe et joue souvent un rôle moteur, même si les engagements en matière de durabilité tardent parfois à s’organiser et se concrétiser. L’opinion publique semble de plus en plus sensible aux enjeux écologiques sans pour autant embrasser complètement le nouveau paradigme du développement durable plutôt obscur et contraignant. Les entreprises coréennes commencent à envisager la responsabilité sociétale non plus seulement comme un outil marketing ou une obligation parfois légale mais également comme une stratégie intelligente et profitable.

De nombreux organismes internationaux de certification approchent donc le marché coréen pour tenter d’y implanter leurs propres systèmes avec plus ou moins de bonheur, négligeant parfois une étape nécessaire mais non suffisante de localisation. De son côté, la quatrième puissance asiatique entend développer ses propres nuances de vert en matière de tourisme et d’hôtellerie.

Bien que PyeongChang 2018 ait obtenu la certification internationale ISO 20121 pour la gestion durable d’événements (démarche volontaire), c’est le système de certification coreen G-SEED qui a été choisi pour la plupart des sites de compétition.

La Corée a développé sa propre certification pour les destinations écotouristiques et a également obtenu le label international SlowCity pour une quinzaine de sites. La norme coréenne développée pour la durabilité des zones touristiques urbaines a été officiellement reconnue en octobre 2016 par le Global Sustainable Council (GSTC), ou Conseil mondial du tourisme durable, et mise en application pour la première fois par la ville de Suwon. Principale organisation internationale indépendante pour la reconnaissance de normes, l’homologation de certifications et l’accréditation d’organismes de certification pour le tourisme et l’hôtellerie, le GSTC a nommé en 2016 un représentant en Corée, Mme Mihee KANG, docteur en écotourisme et présidente de PlayForest, plateforme collaborative de voyages écologiques. Des formations GSTC sont prévues cette année en Corée et en Thaïlande.

Green Destinations, système de certification en ligne de destinations durables devrait également être représenté sous peu en Corée et recrute actuellement des destinations candidates pour ses Best of 100 Awards, récompenses qui seront attribuée à 100 destination lors du salon emblématique du tourisme ITB de Berlin en mars 2019.

Bien que des études montrent que la plupart des consommateurs n’effectuent pas leurs réservations en fonction de critères environnementaux, ils s’attendent de plus en plus à une gestion durable de la part des hôtels.

Le secteur de l’hôtellerie coréen semble de son côté assez réfractaire aux écolabels, à l’exception de quelques grandes enseignes internationales ayant adopté la certification américaine LEED, ou encore les systèmes internationaux Green Globe et Earth Check de certification et management environnemental d’entreprises touristiques.

L'hôtel Grand Hyatt Incheon, labellisé LEED © Grand Hyatt Incheon

L’hôtel Grand Hyatt Incheon, labellisé LEED
© Grand Hyatt Incheon

Au bout du compte, et indépendamment de la demande croissante de certifications du côté de l’offre comme de la demande, il devient impératif de ne plus se concentrer uniquement sur des critères quantitatifs pour évaluer la performance des entreprises ou destinations touristiques mais bel et bien sur la qualité et la durabilité de la gestion et des expériences offertes aux consommateurs.

Retrouvez l’intégralité du Corée Affaires numéro 105 ici.

Catherine Germier-Hamel est la fondatrice et directrice générale de Millennium Destinations (www.millenniumdestinations. com), société de conseils et solutions de marketing, communication, développement commercial et événementiel, essentiellement pour des institutions et entreprises des secteurs du voyage, tourisme, hôtellerie et MICE (Meetings, Incentives, Conventions and Exhibitions), dans le monde entier. Depuis cette année, Millennium Destinations a signé un contrat de licence avec Green Destinations pour la France et les territoires d’outre-mer.

Catherine Germier-Hamel est Présidente du Cercle des Entrepreneurs Francophones en Corée (CEFC).

Pour en savoir plus :

- www.gstcouncil.com

- http://playforest.net/en/

- www.greenglobe.com

- www.earthcheck.org

- www.greendestinations.org/best-of-top100-awards/

FacebookTwitterLinkedInEmail

Comments are closed.