Blockchain: Un gros mot qui a de l’avenir?

2018 October 10
by Corée Affaires
Par Aubry Bailly

illustration blockchain

Du 16 au 19 septembre dernier à Gangnam se tenait la Blockchain Conference 2018[1], un « événement global sur la technologie, pour les investisseurs en cryptomonnaie et les innovateurs ».

En têtes d’affiche : Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia, et Michael Hayden, ex-Directeur de la CIA et de la NSA. Quoi de plus révélateur sur l’amplitude du phénomène blockchain que la présence de deux personnalités qui n’ont a priori rien à voir avec la cryptomonnaie ?

Mot-clé en vogue de ces dernières années, la notion de blockchain reste pourtant mal maitrisée par le grand public. Facile de se noyer dans le flot des anglicismes disruptifs à la mode, et de confondre blockchain avec les avancées de l’Intelligence Artificielle, ou de faire l’amalgame avec la cryptomonnaie. Et pourtant, derrière ce mot savant se cache un véritable paradigme technologique d’avenir.

Définition « business »  de la blockchain

La blockchain, c’est un protocole numérique d’échanges d’informations entre différentes entités, qui dispense de centraliser toutes les informations sur un point fixe. Chaque entité, chaque « maillon de la chaine », possède une copie de l’intégralité des échanges entre les différents maillons. Ces maillons ressemblent donc plus à des « registres » (ledger en anglais) qui sont chiffrés (hashing function). L’authenticité d’un échange entre un maillon A et un maillon B est certifiée par l’ensemble des autres maillons, qui « travaillent à l’authentification » (mine) de ces échanges. Lorsqu’au moins 51% des maillons montrent qu’ils possèdent l’exact même copie de la transaction, alors celle-ci est reconnue comme valide.

Cette explication simplifie volontairement le mécanisme[2], mais pour toute personne non-technophile l’essentiel à comprendre est là. C’est sur ce principe que s’est développée la première application concrète de la blockchain en 2009 : la cryptomonnaie, avec le Bitcoin.

Tirons les conclusions de ce qu’apporte de neuf le mécanisme des blockchains.

Premier avantage net de la blockchain : la décentralisation des échanges. Puisque chaque individu possède lui-même le système d’archive et d’authentification des échanges, plus besoin d’une entité qui centralise et traite les informations, en qui les individus doivent porter leur confiance. Chacun est le témoin et le garant de tous les échanges effectués.

Deuxième intérêt : la sécurité du processus. Auparavant il suffisait de s’introduire dans l’entité centrale qui conservait les registres et les informations de transaction pour mettre à mal l’ensemble du système. Avec la blockchain, puisque chaque entité « est » le mécanisme, si l’on essaie d’altérer une transaction il faut s’introduire et corrompre au moins 51% des maillons de la chaine, soit des milliers de portefeuilles dispersés.

Et c’est pour cette raison que la blockchain s’attire les louanges de nombre d’entreprises hors du domaine des cryptomonnaies. Le procédé permet la suppression des intermédiaires (décentralisation) et donc une économie d’échelle, tout en conservant la confiance des individus (sécurité).

Quel avenir pour la blockchain au-delà des cryptomonnaies ?

Premier candidat évident de la blockchain : les institutions financières. Ironie du sort puisque la blockchain était à l’origine vouée à passer outre le système financier, perçu comme un intermédiaire inutile. Les banques ont cependant rapidement réagi. Wall Street est en train d’explorer son propre système de blockchain[3]. Le Crédit Suisse, HSBC, MUFG, ou Barclays ont toutes rejointes l’Unity Settlement Coin (USC) afin d’exploiter les bénéfices de ladite technologie.

Les contrats intelligents (smart contracts) sont aussi directement touchés par cette avancée, quel que soit le secteur d’application[4]. Par exemple, dans le secteur des assurances, certaines politiques de remboursement sont déclenchées de manière automatique : une assurance vol peut être directement activée lorsqu’un vol est annulé. Une fois l’annulation officialisée, le contrat intelligent effectue directement un paiement au bénéficiaire, supprimant l’étape des réclamations.

Les pouvoirs publics sont également susceptibles d’exploiter ce mécanisme pour gérer les services sociaux, pour la mise en place du vote numérique, ou pour la possession de titres.

Autre mine d’or pour la blockchain : le domaine des voitures connectées. Les principe des registres partagés (shared ledger) offre des solutions solides aux difficultés engendrées par la chaîne logistique de cette industrie, en permettant de suivre efficacement un large montant de données, de vérifier l’identité des revendeurs, et de faciliter les transactions conditionnelles.

Sans parler des canaux de communication à travers lesquels les voitures connectées échangent leur données avec d’autres véhicules, ou vers des objets connectés. La blockchain répond pour cela aux besoins de chiffrement, de transport, de distribution et de stockage des données que les voitures génèrent à chaque instant[5].

La blockchain s’insère aussi particulièrement bien dans l’évolution du domaine de la santé : conserver et sécuriser les données médicales des patients, l’historique des opérations, des admissions en hôpital, des précédentes maladies, etc.

En outre, les GAFAM[6] ont largement investi sur le décryptage des données génétiques dans le but d’offrir des diagnostics médicaux automatisés et sans erreur[7]. Dans un futur ou chaque individu sera considéré médicalement comme un gigantesque code, la blockchain jouera un rôle évident.

Enfin, le secteur foisonnant des objets connectés (IoT) est directement concerné par les avancées de la blockchain. Avec une prévision d’investissement de six trillions de dollars dans les cinq prochaines années[8], un nombre grandissant d’entreprises cherche à se démarquer dans ce marché concurrentiel. Faire transiter les données rapidement de manière sécurisée via les technologies de portefeuilles de distribution constitue une nette opportunité pour ces industries.

La méthode blockchain, dans ses applications actuelles, n’est pourtant pas exempt de défauts : extrêmement énergivore[9], techniquement complexe à intégrer, pas assez vulgarisée, sans aucun standard d’industrie, très peu régulée par les États et institutions[10], etc.

En tout cas une chose est sûre : au-delà de son incarnation pratique, c’est le concept de la blockchain qui est promis à un avenir radieux.

La Corée du Sud s’est lancée corps et âmes dans la cryptomonnaie pour devenir aujourd’hui un acteur mondial majeur : environ 30% des échanges mondiaux de cryptomonnaie en 2017[11], avec plus de 3 salariés sur 10 ayant déjà investi dans des cryptomonnaies[12]. Tous les ingrédients sont réunis pour qu’elle se retrouve en tête de proue du mouvement blockchain à venir.

[1] Détails à: https://www.blockseoul.com/

[2] Pour creuser sur le sujet, voir l’article suivant: https://hackernoon.com/wtf-is-the-blockchain-1da89ba19348

[3] https://spectrum.ieee.org/telecom/internet/wall-street-firms-to-move-trillions-to-blockchains-in-2018

[4] https://www.americanbar.org/groups/business_law/publications/blt/2017/09/09_ng.html

[5] https://www.zdnet.com/article/how-blockchain-can-transform-the-manufacturing-industry/

[6] Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft

[7] Voir par exemple: https://www.selfdecode.com/

[8] https://www.businessinsider.com/iot-ecosystem-internet-of-things-forecasts-and-business-opportunities-2016-2

[9] https://digiconomist.net/bitcoin-energy-consumption

[10] https://medium.com/the-crypto-times/7-big-obstacles-to-mass-adoption-of-blockchain-technology-87740cdda9fe

[11] https://venturebeat.com/2018/07/14/why-south-korea-is-crypto-crazy-and-what-that-means-for-the-rest-of-the-world/

[12] D’après une étude menée par le premier site coréen de recherche d’emploi SaramIn (사람인) : http://www.saraminhr.co.kr/open_content/pr/press_release.php?sno=0&group=basic&code=B2&category=&&abmode=view&no=502139&bsort=&bfsort=wdate&listno=3074

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