Hausse du salaire minimum en Corée : quelles conséquences pour la vie économique du pays?

2019 April 10
by Corée Affaires

Par Delphine de Castelbajac

Le miracle du Fleuve Han…

1953 marque la fin de la Guerre de Corée mais également l’effondrement de tout un pays. Le bilan humain est extrêmement lourd, Séoul est détruite à plus de 70%, et plus de 50% du potentiel industriel est ravagé ; l’économie peine à se redresser.
On peut alors parler de « miracle du Fleuve Han » lorsque l’on constate les performances économiques spectaculaires de la Corée du Sud ces cinquante dernières années. Avec 51 millions d’habitants, le pays figure aujourd’hui comme 11ème puissance économique mondiale, un véritable record de croissance et de développement économique. Ses habitants bénéficient d’un pouvoir d’achat comparable à celui des pays européens.

… Rattrapé par les réalités sociales

L’essor économique de la Corée est aujourd’hui au cœur des débats depuis la mise en place de la hausse du salaire minimum le 1er janvier 2019. En effet, c’est une première dans l’histoire du pays du matin calme : le salaire minimum sud-coréen est passé de 7 530 KRW par heure en 2018 à 8 350 KRW en 2019, soit pas moins de 10.9% de hausse en un an. Un changement important dans l’économie du pays acté seulement un an après une première hausse considérable de 16.4% en 2018.
Le gouvernement avait établi le système du salaire minimum en 1988 dont le taux de rémunération par heure a progressivement augmenté au fil des années. Aujourd’hui, le pouvoir d’achat des citoyens et l’inclusion sociale sont au cœur des préoccupations du président socialiste Moon Jae-in ; il promet d’augmenter le salaire minimum à 10 000 KRW d’ici 2020 afin de parvenir à une politique de croissance tirée par les revenus.  Une augmentation conséquente qui suscite l’inquiétude de certains quant à l’avenir de leurs affaires.

Des réactions partagées

Les avis sont mitigés, les esprits sont, dans l’ensemble, insatisfaits. Les représentants des salariés réclamaient une augmentation du salaire minimum de 43% soit 10 790 KRW par heure ; selon eux, la réforme laisse très peu d’espoir pour les travailleurs à faible revenu.  Dans le camp adverse, les dirigeants d’entreprises perçoivent cette hausse au taux à deux chiffres depuis deux ans, comme une menace pour les PME, exerçant une pression supplémentaire pour les petits commerçants incapables de payer leurs employés à ce rythme.
Les analystes redoutent également une hausse du chômage : actuellement à 4,4%, il était de 3,8% en 2018.  Nous restons bien loin des standards du Vieux  Continent où, par exemple, la France affiche un taux à 8,8%.

En Corée, les entreprises étrangères sont également soucieuses quant aux conséquences de cette décision gouvernementale sur l’avenir de leur entreprise. En effet, les résultats du Business Confidence Survey, mené en 2018 par les Chambre de Commerces et les Conseils d’Entreprises européens en Corée, montrent que cette hausse du salaire minimum est à l’origine de sérieuses préoccupations pour 70% des 129 entreprises sondées.

Une évolution nécessaire

Toutefois, la décision du gouvernement présage quelques belles retombées pour les salariés. Selon le FMI (Fonds Monétaire International), la hausse du salaire minimum permettrait d’augmenter la productivité des employés -un domaine ou la Corée n’excelle pas- ainsi que d’améliorer leur niveau de vie. D’autres espèrent de cette réforme une réduction du temps de travail effectif pour ainsi profiter de leur vie de famille. Le Ministre des Finances, M. Hong Nam-Ki a ajouté que la Corée du Sud allait renforcer sa « flexisécurité » (plus grande facilité de licenciement pour les entreprises associées à des indemnités longues et importantes pour les salariés licenciés, mais plus de facilité à trouver un emploi) et promouvoir la participation des femmes au marché du travail. Enfin, le Président Moon a annoncé le Jeudi 4 Avril 2019 l’élaboration d’un plan par le  gouvernement coréen qui espère injecter la somme de  1,9 milliard de wons dans les start-ups d’ici 2022. “Notre économie est en danger et nous faisons un choix par nécessité pour aider les gens à survivre” a-t-il déclaré.

Forte de sa main d’oeuvre abondante, bon marché et qualifiée, la Corée du Sud se situe aux premiers rangs mondiaux pour l’électronique, la construction automobile et la sidérurgie. Cependant, cette reforme va-t-elle lui permettre de maintenir cet avantage compétitif pour les exportations sur le marché asiatique?

 

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