La 5G entre promesses et réalité

2019 August 14
Par Oriane Lemaire, Rédactrice en chef du Corée Affaires

Imaginez un monde où plusieurs giga-octets sont chargés en une seconde et où les taux de latence sont inférieurs à une milliseconde. Ce n’est plus de la fiction mais la réalité en Corée depuis le lancement commercial de la 5G. Séoul, en avance sur son planning initial, a devancé seulement de quelques heures le géant américain Verizon. Une victoire symbolique dans cette course ultra-compétitive où les fiertés nationales se confrontent. Bien plus qu’une simple amélioration de notre réseau mobile actuel, la 5G promet un bouleversement de l’économie et de la société avec de nouvelles applications qui iront de l’apprentissage du foot à distance à une révolution des modes de production dans les usines intelligentes. Dans notre dossier spécial sur la 5G, nous explorerons pour vous la genèse, les promesses et les limites de cette révolution numérique dans la Corée ultra connectée.

En tête du classement de l’Union Internationales des Télécommunications, l’avance de la Corée n’est pas surprenante : elle bénéficie d’une géographie et densité avantageuse, d’une appétence pour les nouvelles technologies et d’une longue histoire de politiques volontaristes. « En 1994, le gouvernement coréen a établi le Ministère de l’Information et de la Communication pour se concentrer plus sur les technologies de l’information. Quelques années plus tard, après la crise de 97-98, la nouvelle administration de Kim Dae-Jung a fait de ces technologies un socle pour l’innovation » nous explique Youngsup Joo, Professeur à Korea University et ancien Ministre des PME. « Les pouvoirs publics ont réalisé des investissements massifs dans les infrastructures. Aujourd’hui, même au sommet des montagnes reculées on bénéficie de la couverture 4G ! » ajoute-t-il. Désormais pour le gouvernement actuel, la 5G est au socle de la 4è Révolution Industrielle, dont l’hyper connectivité permettra la « convergence des technologies telles que l’intelligence artificielle et le Big Data, tandis que les entreprises pourront fournir en masse des produits et services customisés, en rupture avec les anciens modèles de production » selon M. Joo.

Un mois, après le lancement de la 5G par les 3 opérateurs coréens KT, SK Telecom et LG Uplus, on comptait déjà 260 000 clients, surpassant largement les statistiques en 2011 lors du démarrage de la 4G. SK Telecom nourrit déjà de grandes ambitions : « On espère atteindre les 7 millions d’utilisateurs l’année prochaine, soit 40% du marché local » rapporte Yoon Poong-young, le directeur financier du groupe, lors d’une conférence de presse.

Un marché juteux donc, mais à quel prix ?

Pour le consommateur, 50,000 won (environ 37 euros) l’abonnement mensuel et plus de 1000 dollars le nouveau smartphone compatible avec la 5G, dont l’offre est limitée – seuls les LG V50 ThinQ et Samsung Galaxy S10 sont pour l’instant sur le marché. « La 5G permettra de couper les prix » selon M. Joo, optimiste sur la question de la fracture numérique.

Pour l’environnement, l’impact est difficilement mesurable et la question écartée des débats en Corée, mais la massification des données engendrera une forte hausse de la consommation électrique qui repose encore sur le charbon principalement.

Les autres grands enjeux de la 5G seront les questions des régulations sur des sujets aussi variés que l’harmonisation du spectre des fréquences, la fiscalité, la concurrence, la fracture numérique et la neutralité du net. La Corée a décidé de se lancer principalement dans la bande 3,4 à 3,8 GHz qui permet une large couverture complétée par la très haute fréquence de 28 GHz, tandis que l’Europe se tourne vers le 26 GHz. Les qualités de propagation limitée de ces bandes très haute fréquences (dites « millimétriques ») rendent délicate une couverture étendue et bon marché, notamment dans les zones les moins densément peuplées.

Au-delà des efforts à mettre en œuvre par les industriels pour minimiser les coûts de déploiement en zone rurale, la nécessité de densifier le réseau pour couvrir des surfaces plus petites soulève aussi la question du régime fiscal. Des mesures sont déjà prises pour diminuer la fiscalité des stations radioélectriques en France par exemple.

Source : ARCEP, Mars 2019

Ces spécificités techniques liées au réseaux 5G posent des questions différentes en Corée et en France : selon l’Arcep (l’Autorité française de régulation des communications électroniques et des Postes surnommée « l’Architecte des réseaux » dans son manifeste), « si la France métropolitaine et la Corée sont similaires en termes de taille de population, la Corée est un territoire presque 5 fois plus densément peuplé. Cette différence explique que la question de la couverture du territoire soit d’avantage un sujet en France qu’en Corée. »

La Corée revêt un intérêt particulier pour le régulateur français, qui en vue de mettre en place la stratégie nationale pour la 5G lancée en juillet 2018, réalise des voyages d’étude dans les pays en pointe et entretient des relations régulières avec son homologue coréen, la Korean Communication Commission. Dernier événement en date : Sébastien Soriano, président de l’Arcep s’est exprimé en mai 2019 à l’Assemblée Nationale de Corée sur le thème de la régulation des Big Tech.

Pour l’instant la 5G est en face de test en Europe. D’ici sa commercialisation en 2020, l’objectif est d’avoir une ville connectée dans chaque pays de l’union. Les enjeux géopolitiques, notamment avec le géant chinois Huawei accusé par Washington d’être de mèche avec son gouvernement, pourraient compliquer la donne même si la commission européenne ne recommande aucune interdiction de l’industriel chinois.

Affaire à suivre….

No comments yet

Leave a Reply

Note: You can use basic XHTML in your comments. Your email address will never be published.

Subscribe to this comment feed via RSS