Infrastructures 5G : défis à l’aube de la 4e révolution industrielle

2019 August 16

Par Louis Palligiano, Correspondant de Libération & journaliste à KBS World Radio

Le mercredi 3 avril est une date à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire de la commercialisation de la 5G mobile, la Corée du Sud a déployé avant tout le monde le premier réseau de technologies mobiles de cinquième génération à l’échelle nationale. Malgré quelques écueils techniques, les premiers utilisateurs ont notamment signalé des problèmes de débit et de couverture, le pays du Matin clair peut s’enorgueillir d’avoir dépassé la barre du million d’abonnés à la 5G quelques mois après son lancement.

Considérée comme une technologie de base de la 4e révolution industrielle, la 5G va permettre d’accélérer le développement de services clés tels que l’Internet des Objets (IdO), les villes intelligentes, les voitures autonomes ou encore les hôpitaux numériques. Soutenu par les efforts conjoints des pouvoirs publics et des industriels, le déploiement sud-coréen de la 5G marque un premier pas vers un nouveau paradigme dans les communications sans fil. « Jusqu’à la 4e génération de technologie de communication, nous nous sommes principalement concentrés sur les smartphones, mais avec la 5G c’est toute l’industrie des TIC qui est impactée. Ces réseaux peuvent traiter 100 fois plus de données à un débit 20 fois supérieurs que la 4G et réduire le temps de latence à une milliseconde. C’est à partir de maintenant que nous allons pleinement réaliser le potentiel de l’IA, notamment au sein des entreprises intelligentes », explique Park Tae Wan, directeur du département des TIC et de la radiodiffusion au sein du ministère de la Science et des TIC.

Bien conscient des avantages stratégiques que lui confère son statut de pionnier dans les réseaux 5G, Séoul affiche pour objectif la création de 600 000 emplois et un chiffre d’affaires de 73 milliards de dollars dans les industries liées d’ici 2026. Alors que la croissance des principaux produits d’exportation sud-coréens, tels que les semi-conducteurs, est atone, le gouvernement souhaite faire de la 5G une nouvelle rampe de lancement pour le secteur des TIC. « Les premières applications de la 5G concernent le marché du B to B et les usines intelligentes, les segments de la VR\AR (réalité virtuelle et augmentée) et des drones profitent déjà de nouveaux débouchés, constate Park Tae Wan, pour l’e-santé il y a encore une régulation stricte ici. Ça va donc prendre plus de temps. On ne peut pas nier que la 5G et les progrès de l’IA vont faire disparaitre certains emplois mais cette technologie en créera aussi de nouveau. Pour les véhicules autonomes, si nous utilisons des voitures 5G, il n’y aura plus besoin de chauffeurs mais des postes pour la maintenance, la réparation ou la programmation des logiciels vont être créés ».

Le gouvernement sud-coréen s’active tous azimuts pour mettre en place l’infrastructure nécessaire visant à tirer au mieux parti de la 4ème révolution industrielle. Afin d’aider les opérateurs de téléphonie mobile et les fabricants de matériel de communication à améliorer leurs services 5G, il a annoncé en avril dernier qu’il investirait 30 000 milliards de wons (26 milliards de dollars) pour déployer des réseaux 5G dans tout le pays et développer les firmes connexes au cours des trois prochaines années. Grâce à des partenariats public-privé, la Corée du Sud sera capable de fournir une couverture complète de la 5G au niveau national a promis le président Moon Jae-in et 90% de la population pourra profiter des services 5G avant la fin de l’année. « Techniquement, afin de prendre en charge une bande passante beaucoup plus large, la 5G nécessite une plage de fréquences élevées. Les entreprises de télécommunication vont devoir installer environ quatre fois plus d’antennes-relais pour fournir des services 5G stables, les fréquences 5G ayant une portée moindre et étant plus facilement affectées par les obstacles », selon Lee Seong-choon, le président de la fondation Giga Korea, un organisme issu d’un projet gouvernemental qui a notamment pour but de développer les services liés à la 5G. En avril dernier, un député du parti démocrate chiffrait à 85 261 le nombre d’antennes-relais sur tout le territoire dont 64,4 % dans la région de Séoul et 21,2% dans les cinq principales villes du pays.

A l’ère de la 5G, le nombre d’appareils connectés (IdO) devrait atteindre les 30 milliards d’ici 2021 et la majorité d’entre eux seraient potentiellement vulnérables aux cyberattaques, s’alarment de nombreux observateurs. KT, l’un des trois grands opérateurs sud-coréens, compte proposer des services basés sur la technologie de blockchain pouvant renforcer la sécurité et prévenir les cyberattaques. D’après Lee Seong-choon, il s’agit des principales difficultés à surmonter dans « l’environnement de services 5G liés aux voitures autonomes, aux usines intelligentes ou encore à la santé numérique, où la cybersécurité est encore plus vitale qu’auparavant. Les pouvoirs publics, les entreprises, les universités travaillent quotidiennement pour contrer le piratage informatique. Avec la 5G, de nouveaux défis vont s’imposer et il va falloir considérer les aspects réseaux, contenus et appareils séparément. C’est une question d’adaptation ».

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