La route du futur : 5G, l’effet de seuil

2019 August 20

Par Sébastien Falletti, correspondant pour Le Point et Le Figaro

Dessiner la route du futur, au cœur de Séoul. Dès 2020, la capitale sud-coréenne va se doter de 12 autoroutes « intelligentes », reliant ses carrefours névralgiques de Gangnam à Yeoido, en passant par Sangam, première étape de l’arrivée de la voiture autonome, grâce à la puissance de la 5G. 1600 bus et une centaine de taxi seront équipés de 1700 senseurs pour servir de test grandeur nature à un système de voiture autonomes avancés (ADAS pour Advanced driver assistance system), définissant une carte intelligente, mise à jour en temps réel, par l’intelligence artificielle (AI). 121 km de tronçons guidés par un algorithme, grâce au premier réseau 5G mise en opération dans le monde. Ce projet annoncé conjointement le 23 mai dernier, par la municipalité et l’opérateur télécom SKT vise à faire de la mégalopole sud-coréenne une vitrine mondiale de la mobilité de demain, en alliant deux piliers de la prochaine révolution industrielle, la 5 G et l’AI.  « Alors que les cartes 3D actuelles sont mise à jour manuellement, cette future carte super précise incorpore en continu les informations, et les changements en temps réel, tels les chemins creux ou les travaux de constructions. Grâce à la 5G, les véhicules transfèrent les datas récoltés vers un serveur central, et l’intelligence artificielle identifiera d’elle-même les modifications pour produire automatiquement un nouvelle carte » explique un porte-parole du consortium. Ce projet pilote qui inclut 17 partenaires, dont Hyundai Motors, Kakao ou LG Electronics, doit servir de première étape concrète en vue de la mise en place à terme de la voiture autonome dans la mégalopole. Une course poursuite mondiale féroce qui se joue aux quatre coins de la planète, de la Silicon Valley, à la Chine et où la Corée du sud veut s’affirmer en mariant ses expertises en matière de télécom et d’automobile.

         ©SK Telecom, www.sktelecom.com                                                                 ©STRADVISION

L’avènement de la 5G est une condition indispensable, bien qu’insuffisante pour remporter le trophée. Grâce à son instantanéité, tout comme à la masse de données qu’elle peut transférer, cette technologie va permettre de franchir un seuil à la quête de la voiture autonome. Plutôt qu’une révolution, « il s’agit de l’un des multiples pas essentiels pour pouvoir atteindre l’objectif de la conduite autonome, dont la généralisation est attendue à l’horizon 2040-2050 » explique Junhwan Kim, le PDG de StradVision, une start-up fondée à Pohang, sur la côte orientale de la péninsule spécialisée en deep learning. Ancrée autour de 15 ingénieurs issus de la prestigieuse école d’ingénieur Postech, la pépite compte déjà 120 employés, et des bureaux à Séoul, Tokyo et San José en Californie, grâce à un investissement de 7 millions de dollars de Hyundai Mobis. StradVision développe un logiciel d’AI capable de rendre « intelligentes » les caméras embarquées sur des véhicules, pour détecter les obstacles sur la route : un piéton, un autre véhicule, ou un feu rouge. Et l’arrivée de la 5G permet de multiplier les données à disposition pour affiner la conduite. « La 5G nous permet de relier la voiture au Cloud en temps réel, mais aussi partager des informations avec d’autres véhicules sur la route afin de concevoir une vision la plus complète possible » explique Kim. Le PDG, espère accoucher d’un logiciel effectif d’ici « deux à trois ans ».

Un employé de SK Telecom vérifie l’état de la mise à jour en temps des cartes HD basées sur la technologie 5G dans la salle de surveillance TOPIS (Seoul Traffic Information Centre)
©SK Telecom, www.sktelecom.com

« La 5G va transformer les industries qui exigent une grosse quantité de données. Par exemple les jeux vidéo qui pourront désormais être joués en Streaming » explique Olivier Mouroux, cofondateur d’Asiance, une agence de marketing digitale, à Séoul. L’automobile fait partie des secteurs clés qui seront bouleversé par ce nouvel afflux de big data. Pour autant la 5G n’est qu’une étape d’une longue route encore incertaine, et la nouvelle technologie est loin d’être une panacée, pointent les chercheurs. Ainsi, l’instantanéité proclamée par les opérateurs pourrait ne pas être suffisante. « En conduite autonome, une fraction de seconde de retard peut conduire au désastre » rappelle Sangyon Han, représentant d’Orange Fab, à Séoul, un incubateur, qui couve StradVision, et deux autres start-ups développant des applications concrètes à la 5G. « Il y a toujours un débat sur le temps de latence, et je ne suis pas convaincu que la vitesse sera suffisante, car il y aura toujours des angles morts dans le réseau. Donc il est essentiel que le véhicule puisse s’appuyer sur ses propres données pour assurer sa sécurité » juge Junhwan Kim.

Pour dégager la route du futur, deux obstacles majeurs doivent encore être levés selon le PDG. Compléter le réseau 5G sur l’ensemble du territoire, et adapter l’appareil législatif qui limite aujourd’hui le développement de la voiture autonome. « Il existe beaucoup trop de régulations en Corée qui entravent cette nouvelle technologie, comme par exemple l’interdiction d’utiliser certaines fréquences pour prévenir des interférences » explique Kim. La révolution de la 5G sera de longue haleine.

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