Les opportunités qu’offre la 5G pour les investisseurs étrangers en Corée

2019 August 29

Par Guillaume Weil, Directeur de Projet à Intralink dans les domaines de l’IdO et des Télécommunications. Intralink est une entreprise de consulting basée à Séoul pour les sociétés étrangères de toutes tailles et tous secteurs qui souhaitent approcher les marchés est-asiatiques et élaborer et exécuter leur stratégie commerciale. Avec 80 employés et présent depuis 29 ans, Intralink a des bureaux à Shanghai, Tokyo, Séoul, London, Oxford, Boston et dans la Silicon Valley. N’hésitez pas à contacter guillaume.weill@intralinkgroup.com pour tout conseil.

Le robot Lota a la Lotte World Tower ©KT

Le marché très neuf de la 5G offre un large potentiel, mais le succès pour les entreprises étrangères n’est pas automatique. Bien comprendre la stratégie de chaque opérateur est important, d’autant plus que les groupes coréens tentaculaires restent notoirement impénétrables. En aval des opérateurs en revanche, une myriade d’intégrateurs peut être la clé dans le déploiement d’un nouveau service grâce à leur accès privilégié avec un ou plusieurs opérateurs téléphoniques.

Les industriels coréens : premiers clients de la 5G

En l’absence de portables adaptés initialement, les premiers clients furent les industriels coréens. Myunghwa Industry, un constructeur de pièces automobile, utilise la 5G pour transmettre des vidéos haute définition de sa chaîne de production afin de vérifier la qualité des produits. KT a aussi célébré le lancement de son réseau avec un robot comme premier client : Lota, le robot intelligent de la « Lotte World Tower », guide les visiteurs jusqu’à l’observatoire de la tour.

De nouvelles infrastructures : des partenariats entre équipementiers étrangers et coréens voient le jour

SK Telecom a investi massivement dans Samsung pour construire son réseau 5G localement : cela va favoriser Samsung Electronics et les aider à rattraper leur retard sur Huawei et ZTE dans la manufacture des antennes. Samsung a été sélectionné pour couvrir la capitale coréenne tandis qu’Ericsson, le géant des télécommunications suédois, est partenaire de SKT et KT pour couvrir le sud-est de la péninsule et les provinces avoisinantes. Le numéro 1 des infrastructures télécom Huawei se penche aussi sur le marché coréen, mais discrètement après l’annonce de son boycott par Washington. Huawei est en effet un fournisseur de LG Uplus et prévoit un investissement de 5 millions de dollars dans son premier laboratoire d’innovation ouverte à Séoul, permettant aux PME de réaliser des tests sur leur plateforme.

A l’étranger, en 2018 Samsung était le 5ème constructeur d’équipements avec 3% de part du marché mondial. Samsung travaille notamment avec Verizon aux États-Unis sur le déploiement d’infrastructures d’accès fixes sans fil, ce qui devrait l’aider à consolider sa présence sur la scène globale. Malgré les investissements réalisés par le géant coréen, l’entreprise reste seulement 3ème dans la course aux brevets essentiels (SEP) juste derrière Huawei et Nokia. LG talonne son concurrent coréen.

Au-delà des partenariats noués dans ce climat compétitif, la Corée est devenue une destination privilégiée pour les démarches de benchmarking entreprises par les sociétés étrangères.  Parmi les nombreuses visites effectuées chez les 3 opérateurs coréens au premier semestre 2019, on compte le nouvel opérateur sud-africain Rain, les japonais Softbank ou encore British Telecommunications. De son côté, SK Telecom a signé deux protocoles d’accord avec les singapouriens Singtel et les allemands Deutsche Telekom, le premier sur une coopération dans l’e-sport et le deuxième sur le co-développement d’une plateforme de blockchain.

Un nouvel écosystème d’applications et de services dans lequel les acteurs français pourront s’engouffrer et détecter des talents coréens

L’arrivée de la 5G va permettre la création d’un tout nouvel écosystème de fournisseurs de contenus, et d’applications en relation avec la 5G. Les opérateurs coréens sont à la recherche d’entreprises pouvant fournir de nouveaux services leur permettant en échange de recouper leurs investissements massifs ; malgré l’incroyable développement de l’infrastructure téléphonique en Corée, le pays n’est pas nécessairement le plus armé pour l’élaboration de cas d’utilisations – un marché encore naissant qui offre des possibilités immenses aux entreprises françaises si elles offrent des services à forte valeur ajoutée au prix compétitif.

Voici deux exemples domaines prometteurs pour les entreprises étrangères :

  • Contenu Ultra Haute Définition et Réalité Virtuelle : des start-ups locales soutenues par Orange

                                                                             Présentation de 4DReplay à l’Ambassade de Corée en France                                             Orange FAB Seoul

Les opérateurs téléphoniques coréens travaillent avec les entreprises de jeu en ligne pour développer du contenu adapté pour les plateformes 5G. Un total de 125 milliards d’euros sera généré entre 2021 et 2028 grâce à la réalité virtuelle[1]. Parmi les nombreux exemples, on peut citer la start-up coréenne 4DReplay, soutenue par Orange Fab, qui permet d’enregistrer des évènements (sports, spectacles) en 3D avec de très nombreuses caméras et ensuite de produire une vidéo HD immersive. Eprouvée aux JO de Pyeongchang pour retransmettre les compétitions de patinage artistique, la technologie séduit déjà l’Hexagone avec un joli coup de communication de France Télévision lors de la diffusion en direct du défilé de la Fête Nationale. Ainsi, Orange Fab Seoul repère les talents et soutient les start-ups coréennes prometteuses à l’étranger. Parmi les autres pépites qui entendent bien profiter de la 5G, on compte DoubleMe qui convertit les vidéos 2D en expérience holographique 3D en réalité virtuelle, ou encore Salin, un média social permettant à plusieurs personnes de se réunir en VR pour regarder des vidéos, jouer à des jeux ou encore étudier !

  • Véhicules connectés : un projet conjoint de véhicule autonome

                                                                                        Projet Dangun ©www.renaultsamsungm.com

Autre exemple de coopération franco-coréenne : le projet Dangun. En réunissant Renault, l’Université Hanyang, LG, Samsung, Valéo et plusieurs PME, le projet a pour but de concevoir un véhicule autonome low-cost. Soutenu par les gouvernements, le véhicule électrique phare de Renault (la Zoé) choisi pour la démonstration de conduite autonome a obtenu l’année dernière l’autorisation de circuler dans les zones désignées par le ministère coréen du transport. La technologie d’assistance à la conduite sera ensuite mise à profit par le groupe Renault dans ses véhicules. Renault Samsung compte bien aussi commercialiser ses premiers véhicules autonomes de niveau 4 dès 2023, si les tests actuels sont concluants selon les communiqués officiels du groupe.

[1] Source : Intel 2019

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