Le Japon, pionnier de la silver économie

2015 April 28
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Par Eva JOHN

Capture2En matière de silver économie, le Japon fait figure de précurseur. Dès les années 90, il a fait le pari de faire de son problème démographique l’un des principaux moteurs de sa croissance.

Confronté à un vieillissement très rapide, le pays devrait avoir perdu 46% de sa population d’ici une quarantaine d’années, du fait d’un taux de natalité bas et d’une immigration limitée. En 2060, en raison d’une espérance de vie élevée, les plus de 65 ans devraient représenter près de 40% des Japonais, contre environ 25% aujourd’hui. Alors que son économie a été affaiblie par une série de crises (déflation, crise financière asiatique de 1997, crise économique mondiale dès 2007, Fukushima), l’économie du vieillissement s’est imposée comme l’une des nouvelles priorités de l’archipel.

L’Etat a d’une part largement soutenu la recherche et le développement, tout en œuvrant à l’emploi des seniors. Le succès de ces politiques réside en grande partie dans la coopération harmonieuse entre le secteur public et le monde de l’entreprise. Ainsi, l’industrie japonaise contribue au financement de la recherche à hauteur de 80%, contre 62% en France. Le secteur privé voit d’autre part depuis longtemps dans la population vieillissante de formidables opportunités commerciales, et les entreprises japonaises ont multiplié les initiatives à destination des seniors. En 2012, on estimait à 30 millions le nombre de potentiels consommateurs du troisième âge. Pour prendre la mesure de ce marché florissant, un exemple particulièrement évocateur est souvent cité : les ventes de couches pour adultes ont désormais dépassé celles des couches pour les bébés. Du côté du géant de l’électronique Panasonic, on réfléchit même à créer un département spécialement dédié à la silver économie.

« Les personnes âgées sont des consommateurs à part entière », assure Hiroyuki MURATA, expert en gérontologie et entrepreneur japonais. Avant de préciser : « mais elles font très attention à ce qu’elles dépensent, et c’est là tout le défi pour les entreprises ». Autre particularité des seniors japonais : comme les Sud-Coréens, ils sont très ouverts aux nouvelles technologies. Les produits « faciles à utiliser » ont inondé les rayons des boutiques japonaises, à l’instar du très populaire téléphone Raku-raku de Fujitsu, à l’interface simplifiée et aux touches agrandies. Quant à la chaîne de supermarchés Aeon, elle a ouvert des établissements pensés pour les personnes seules, où les produits sont vendus en petites quantités.

Autre conséquence du vieillissement du Japon : le manque annoncé de personnel soignant. Pour y faire face, Tokyo a mis le cap sur la robotique d’assistance : robots porteurs, de surveillance ou encore compagnons de jeux et de stimulation intellectuelle. L’an dernier, le gouvernement a débloqué plus de 17 millions d’euros pour le développement de ce genre de robots et prévoit de les inclure dans le système de couverture sociale. En 2035, ce marché devrait représenter quelque 3 milliards d’euros, selon les estimations du Ministère de l’Industrie.

Capture1L’engouement pour les robots, et notamment pour les humanoïdes, s’est toutefois heurté à la réalité du marché : « les Japonais ont énormément investi et communiqué sur les humanoïdes ; pourtant, le marché n’a pas encore vraiment émergé », constate Evelyne ETCHEBEHERE, attachée pour la science et la technologie à l’Ambassade de France au Japon. Trop de projets, trop coûteux, n’ont jamais abouti. Depuis l’an dernier, l’Etat prend en charge entre 50 et 60% des frais de recherche pour les entreprises travaillant sur des robots à bas prix. En juin, le géant français de la robotique Aldebaran dévoilait Pepper, robot intelligent développé pour Softbank, grand opérateur de téléphonie mobile au Japon. Dès février 2015, il sera en vente pour 1 400 euros, un prix abordable.

« C’est un énorme marché en expansion. Mais les besoins sont tellement vastes que ce n’est rentable que si l’on se spécialise », commente M. AKOU, responsable commercial chez Orix Living Innovation, qui développe des équipements innovants pour les maisons de retraite. « Au niveau commercial, depuis peu, la silver économie est abordée de façon transversale. Le troisième âge est désormais considéré comme une cible marketing à part entière. Mais il reste difficile d’isoler la thématique, qui recoupe le médical, les services et l’aménagement urbain », analyse Jérôme DESQUIENS, chef de Pôle chez Ubifrance au Japon.

Face à des Japonais très en pointe, beaucoup d’entreprises françaises hésitent à se lancer sur le marché nippon. « Il y a pourtant des opportunités, notamment dans les secteurs de niche : la start-up française Geoloc Software a par exemple développé un système de géolocalisation très précis pour les milieux urbains, qui peut être utilisé pour les seniors à mobilité réduite. Par ailleurs, la France peut s’inspirer de ce qui se fait au Japon, et se positionner comme une porte d’entrée en Europe pour les groupes japonais», conclut Jérôme DESQUIENS.

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Les technologies « smart » pour les seniors, un marché encore embryonnaire en Corée du Sud

2015 April 21
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by Corée Affaires

Les technologies smartPar Frédéric OJARDIAS

Les smartphones et applications pour le troisième âge restent étonnamment peu développés en Corée du Sud, en dépit d’un marché potentiel très prometteur.

Septembre 2014, LG lance la 6ème génération de son téléphone Wine, un téléphone portable simplifié, à l’écran et au clavier élargis, qui cible le troisième âge. Introduit sur le marché local en 2007, il rencontre un succès remarquable : le conglomérat a en vendu 5 millions d’unités et a ensuite commercialisé régulièrement de nouvelles versions (Wine Phone 4, Wine Sherbet). LG propose aussi depuis 2011 sur ses smartphones une interface baptisée « Easy Home. » Conçue pour les seniors, elle affiche un écran d’accueil réduit à l’essentiel et des icônes et des lettres plus larges. Une fonction baptisée « Safety Care » permet d’alerter les proches en cas d’accident de la circulation ou de non-utilisation de l’appareil pendant une période inhabituellement prolongée.

Du côté des opérateurs, SK Telecom tente aussi de séduire le marché « silver ». L’entreprise commercialise depuis décembre le « T Safety Phone », un smartphone simplifié qui permet, entre autres fonctions, de prévenir la famille en cas de problème et de lancer un appel au secours qui donne la position exacte de l’utilisateur. « Quatre mois après son lancement, nous avons vendu 120 000 unités. Les seniors sont devenus un groupe important de clients pour SK Telecom », se félicite sa porte-parole Irene KIM. L’opérateur aussi lancé en 2013 « T-Silver Service », une application de services médicaux à utiliser en cas d’urgence. Elle a été téléchargée moins de 5000 fois.

L’entreprise finance depuis 2007 des formations visant à familiariser les personnes âgées avec les technologies connectées. Des séminaires gratuits organisés par une association, Sunny : « en sept ans, nous avons formé plus de 10 000 participants », souligne Hyuk-joon LEE, son représentant. « Nous nous dédions à améliorer la qualité de vie des seniors en leur apprenant à utiliser les diverses fonctions des smartphones, comme l’envoi ou la réception d’appels et de textos, et des applis telles qu’appareil photo, réseaux sociaux et cartes. » Les retours sont très positifs : « les participants nous disent que depuis qu’ils utilisent Facebook ou Kakao Talk, ils se sont rapprochés de leurs enfants et de leurs petits-enfants. » Sunny enseigne aussi la prévention contre les arnaques en ligne (phishing).

Mais en dépit de ces initiatives, le secteur « smart » visant les personnes âgées reste embryonnaire en Corée du Sud. Les géants du web tels que Kakao Talk ou Naver n’ont rien mis en ligne à leur intention. Les rares applications disponibles se téléchargent peu. Dans le domaine du jeu vidéo, c’est un désert. Il n’existe pas d’équivalent coréen à Kaikaya, cette division de l’entreprise japonaise Namco Bandai qui commercialise des jeux vidéo pour 3e âge sur écrans tactiles.

Le marché est pourtant monumental : en 2020, 26% des Sud-Coréens auront plus de 65 ans. Cette génération de paby-boomers sera plus affluente que les précédentes et sera beaucoup plus demandeuse de technologies connectées, notamment pour communiquer avec leur descendance. Mais si ces seniors seront prêts à la dépense, très peu de produits leurs sont encore destinés. Les difficultés pour promouvoir de telles offres (les consommateurs acceptent mal des produits étiquetés « pour vieux » qui les renvoient à leur âge) n’expliquent qu’en partie cette absence.

« C’est un marché délaissé », pointe Olivier MOUROUX, PDG et cofondateur d’Asiance, une agence de communication digitale à Séoul. « Un gouffre se crée, et il y a de la place pour apporter aux seniors une vraie maîtrise de la technologie. Les personnes très âgées sont coupées du monde. Il faut leur offrir la possibilité d’utiliser des appareils connectés ultrasimples. » Sur le site koreamarketing.com, l’analyste Jeung-kun KIM renchérit : « le besoin [des seniors] pour les produits TIC qui rendent la vie plus facile et offrent un soutien émotionnel va s’accroître. Les services de réseaux sociaux et les sites de shopping en ligne pour la génération argentée vont se développer en Corée ».

Ken HONG, porte-parole de LG, souligne quant à lui le « potentiel immense des produits « wearable » [tels que les montres connectées] pour rendre la vie des seniors plus agréable. Ces appareils pourront contrôler les fonctions vitales telles que le battement cardiaque ou la pression sanguine. Ils serviront aussi à faire de l’exercice. » Ken HONG estime pourtant que « les smart-TV et les smartphones étant à présent conçus pour être incroyablement faciles à utiliser, le besoin de viser spécifiquement les consommateurs plus âgés devient de moins en moins important. »

Un argument que réfute Olivier MOUROUX : « Le besoin sera toujours là. Les personnes âgées ont tout d’abord des difficultés d’ordre physique : moins d’agilité dans les doigts, baisse de la vue et de l’audition. Ensuite, les évolutions technologiques sont trop rapides, beaucoup ne peuvent pas suivre. » Le PDG d’Asiance imagine de nouveaux produits à leur intention : développement de l’intelligence artificielle pour des interfaces vocales très intuitives, ou encore utilisation de robots Beam (commercialisés par l’entreprise lyonnaise Awabot) qui permettraient d’interagir de façon beaucoup plus naturelle avec les personnes situées à distance. Avis aux entrepreneurs…

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La Corée, laboratoire du e-health

2015 April 14
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by Corée Affaires

Par Sébastien FALLETTI

CaptureUne ambiance de film d’anticipation flotte sur les eaux boueuses de la Mer Jaune. A Songdo, le futur est déjà là, dans les appartements sortis de terre sur ce polder à 60 km à peine de Séoul. Sur l’écran plat géant de la salle à manger, un spécialiste de l’hôpital voisin d’Incheon délivre sa prescription à sa patiente, confortablement installée dans son sofa. Elle échange avec son médecin en temps réel en fixant une caméra HD installée au-dessus de l’écran. Ce service médical révolutionnaire est disponible depuis le 1er avril dans certains complexes d’appartement de cette ville nouvelle pharaonique chiffrée à 35 milliards de dollars.

« La réponse des premiers abonnés est positive. Ainsi, plus besoin de vivre à Séoul, ni d’entreprendre de long déplacement. C’est un changement de paradigme » affirme Jiwon CHUNG, représentante d’Ulife, la joint-venture fondée par Cisco en partenariat avec le promoteur immobilier américain Gale, en charge de développer cette nouvelle « aéropolis ». Avec ce nouveau projet, le spécialiste des systèmes informatiques B2B se tourne désormais directement vers le consommateur, et propose également des consultations avec des psychothérapeutes.

Le géant américain a choisi la Corée du Sud comme laboratoire pour tester ces nouveaux services médicaux qui pourraient ensuite être étendu à travers le pays et au-delà, en cas de succès. Car le Pays du matin calme offre des conditions idéales pour voir décoller l’e-health ou la « médecine en ligne ». La population sud-coréenne est à la fois avide de nouveautés technologiques et subit un vieillissement accéléré. La silver économie qui grossit sera technologique avant tout, et attise l’appétit des géants industriels, chaebol en tête. Samsung a fait des services médicaux l’un des « moteurs de croissance » du futur pour prendre le relais des téléphones et TV. Dans son ambitieux plan d’investissement 2020, chiffré à 22 milliards de dollars, les biotechnologies occupent une place clé. Le groupe a le profil idéal pour devenir un leader du « e-health » grâce à son savoir-faire en matière électronique et sa présence dans le secteur de la construction et de l’habitation. Ainsi, la Samsung Watch peut à terme devenir un bracelet enregistrant les données de santé de son porteur.

La « maison intelligente », où les objets sont interconnectés est un autre pan à fort potentiel, en matière de suivi médical. Samsung teste dans sa « maison du futur » des systèmes permettant un « check up » automatique chaque matin au réveil. Par exemple, en descendant de son lit, un senseur dans le plancher mesurera le poids. D’autres prendront le pouls, la circulation sanguine ou autre. Ces données pourront immédiatement être transmises au médecin traitant, suivant en temps réel à distance l’état de son patient. Une technologie promise à un bel avenir dans un pays où le nombre de centenaires a déjà été multiplié par six depuis 2008. Depuis quelques années, Samsung multiplie les acquisitions dans le secteur médical afin de profiter au mieux de cette juteuse manne en devenir.

Il n’est pas le seul, à l’image du géant américain General Electric qui a fait lui aussi de la Corée du Sud l’un de ses tremplins pour développer sa branche médicale. A l’origine, une joint-venture fondée avec Samsung en 1984, cette unité accélère son développement à mesure que le vieillissement de la société sud-coréenne se matérialise. L’an dernier, elle a racheté le business de mammographie de Rayence, avec à la clé l’établissement d’un site de production de matériel destiné au dépistage du cancer du sein. GE a promis d’investir 180 millions de dollars en matière de R&D, pour développer de nouvelles technologies dans ce secteur qui pourront ensuite être exportées à travers le monde. Un business évalué à « un milliard de dollars » par Tom GENTILE, le patron de la branche santé de GE.

La France veut également se positionner en pointe sur le secteur du e-health. Ce dernier sera ainsi l’une des priorités dans le développement de coopération entre des partenaires industriels et universitaires coréens et français.

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Qui sont les seniors coréens ?

2015 April 8
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by Corée Affaires

Par Laetitia VALLEECapture3

De même qu’elles ont transformé l’économie coréenne il y a trente ans, les générations nées entre 1955-1963 (7,12 millions de personnes) et 1968-1974 (8 millions de personnes) vont initier de profonds changements socioéconomiques.

Aux premiers rangs de l’industrialisation et de l’urbanisation de la Corée, les papy-boomers sont les premiers à profiter de la croissance économique et de la société de consommation : « Ils ont un style de vie différent et un pouvoir d’achat plus élevé que les générations précédentes. Ils sont plus enclins à dépenser leur argent pour eux même. » affirme Suk Eung KIM, spécialiste et professeure dans l’administration des seniors à Sookmyung University.

Contrairement à l’Europe où les seniors ont déjà vu leurs parents à la retraite et ont pu l’anticiper, les papy-boomers sont la première génération à vraiment pouvoir l’expérimenter et en profiter. La retraite les laisse ainsi bien souvent désemparés : « J’appréhende, car cela semble la fin de ma vie sociale. J’espère pouvoir me trouver de nouvelles activités. Contrairement à la génération de mes enfants, habituée à profiter de sa vie et à faire ce qu’elle veut, nous n’avons pas appris à penser et agir selon nos envies. Nous devions prendre soin de la famille » raconte M. JANG, 54 ans. Le marché des produits et services pour seniors en Corée reste donc encore à créer : « Avant toute chose, il est nécessaire de changer la perception de la retraite », martèle Mr. Tae-Gun KIM, de « Pour 100 ans » (‘100세 동안’), une boutique spécialisée dans les produits seniors située à Samsung-dong, « il faut créer de nouveaux besoins et apprendre aux seniors à profiter de leur vie après le travail. »

Si à court et moyen terme, le marché restera concentré sur les classes aisées, les opportunités dans cette société d’hyperconsommation sont vastes et évoluent rapidement ; l’attrait pour les loisirs est évident : 50% du public du dernier film à succès, The admiral, avait plus de 55 ans, les associations et instituts enseignant la poterie, la menuiserie et autres activités se multiplient, le succès des émissions « Les grands-pères plutôt que les fleurs », où des seniors célèbres parcourent le monde, a déjà dynamisé le tourisme des plus de 65 ans. Soucieux de leur bien-être, adeptes des hautes technologies et avides d’activités sportives ou de loisirs, les futurs retraités coréens sont des consommateurs ouverts, qu’il ne manque plus qu’à faire rêver…

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Les cinq tendances de la silver économie

2015 April 1
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by Corée Affaires

kim jeung kunSamsung Economic Research Institute, Jeung Kun KIM

Spécialiste de la silver économie et des seniors en Corée, chercheur au Samsung Economic Research Institute, Jeung Kun KIM explique à Corée Affaires les opportunités qu’il entrevoit au Pays du matin calme.

Cinq tendances de consommation principales se dessinent parmi les papy-boomers : la santé, la famille -du soutien direct au soutien à distance, les loisirs, l’appétence digitale et la participation sociale.

Les papy-boomers coréens sont en effet très dépensiers pour tout ce qui touche à leur santé et bien-être. Produits et services liés au secteur de la santé, en particulier s’ils sont « high tech », sont de plus en plus populaires. Connectons ce marché à la deuxième tendance, liée à la famille et aux évolutions sociologiques qu’elle subit, et de nombreuses opportunités émergent : les systèmes de soin à distance, et plus généralement tous ceux qui assurent aux seniors une plus grande indépendance tout en étant sécurisante pour leurs enfants, constituent un marché très prometteur.

Le secteur des loisirs ne sera pas non plus en reste. Les seniors coréens cherchent en effet de plus en plus d’activités de loisirs pour retrouver leur jeunesse et découvrir de nouvelles cultures, tels que les voyages, le cinéma, le sport, etc. Les papy-boomers sont aussi très versés dans les technologies digitales, qu’ils utilisent régulièrement, comme les smartphones. Enfin, les futurs seniors se caractérisent par un trait bien particulier : très actifs dans la société et la communauté, ils aiment partager leur savoir et veulent être des acteurs locaux, en aidant des entreprises ou en rejoignant des causes locales, par exemple. Le marché coréen de la silver économie en est à ses débuts et représente un défi pour la société comme pour l’économie, mais plus qu’un obstacle, il représente une opportunité unique de redéfinir la retraite comme une période positive et excitante et de faire émerger de nouveaux secteurs.

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Yves ZLOTOWSKI, économiste en chef de Coface Korea

2015 March 24
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by Corée Affaires

IMG_6094A l’occasion de sa venue pour une conférence « Risque Pays » organisée en novembre par Coface, Yves ZLOTOWSKI, économiste en chef de Coface, a rencontré Corée Affaires, pour dresser le bilan de 2014 et établir des pronostics sur 2015.

Q. Tout d’abord, pouvez-vous nous présenter Coface ?

R. Coface est une société d’assurance-crédit dont l’objectif est d’assurer les transactions entre les entreprises. Nous assurons nos clients contre le risque de défaut de leurs clients, en domestique et à l’export. Nous garantissons l’équivalent de 450 milliards d’euros de créances. Coface est présent en Corée depuis 10 ans.

Q. Quel bilan pouvez-vous tirer de la situation économique coréenne ?

R. Nous sommes très positifs sur la Corée, classée en A2 (Selon la classification en 7 catégories établie par Coface pour évaluer le risque de défaut des entreprises en moyenne dans un pays: A1, A2, A3, A4, B, C, D) depuis des années. Si nous devons déterminer les éléments de faiblesse qui la séparent du A1, trois éléments se démarquent. Tout d’abord, l’endettement des ménages est extrêmement fort, avec 65% des revenus disponibles. Ensuite, la Corée est un pays très tourné vers l’export, ce qui le rend très dépendant de ses grands partenaires économiques. Le ralentissement de l’économie chinoise constitue une véritable prise de conscience pour les Coréens, alors qu’elle a été un relais de croissance majeur, tant dans l’export et les investissements coréens en Chine que dans la consommation locale par les touristes chinois. Dans le ralentissement de la Chine, qui est naturel, le risque se situe surtout dans l’endettement élevé des entreprises chinoises. Enfin, l’économie coréenne très duale entre chaebol et PME fragilise ces dernières, qui sont plus endettées et moins stables.

Q. Comment voyez-vous, justement, cette division du marché très nette entre conglomérats et PME ?

R. Il est vrai que les PME ont de nombreuses barrières à l’entrée et sont moins stables, mais je ne suis pas sûr que cette structure des chaebols soit une faiblesse. Du point de vue macroéconomique, une logique de développement par les exportations à haute valeur ajoutée comme le fait la Corée nécessite des structures capitalistiques favorables à l’investissement à long terme, capables de prendre des risques et de mener des activités de R&D de haut niveau. La taille des chaebols m’apparaît comme un atout pour développer cette logique. Je vois bien les problèmes d’inégalités que cela crée, pourtant la Corée n’a pas un taux de pauvreté extrêmement élevé.

Q. Quelles sont les forces et faiblesses de la Corée sur le marché mondial, selon vous ?

R. Beaucoup d’économistes semblent regretter le manque de spécialisation dans les services. Pourtant, tout montre qu’une spécialisation dans l’industrie permet beaucoup plus de stabilité. En ce qui concerne l’export, rien n’est jamais acquis et il faut maintenir sa place face à des concurrents montants, de la Chine aux pays d’Asie du Sud-Est. Cependant, la Corée est un pays qui dispose d’une grande marge de manoeuvre et peut activer une politique budgétaire en cas de choc.

Q. Quels pronostics pour 2015 ?

R. A date (novembre 2014), nous prévoyons une croissance de 3,7% pour 2015. Les chiffres des deuxième et troisième trimestres sont très bons, la consommation domestique est un peu faible mais les exports sont extrêmement positifs. La Corée présente une dynamique d’investissement extraordinaire, proche des pays en voie de développement et supérieure à 7%.

Q. Qu’en est-il de la France ? Quels bilan 2014 et pronostics 2015 ?

R. La France a traditionnellement une économie plutôt tournée vers la demande interne, ce qui lui a permis de ne pas trop plonger lors des crises économiques mondiales. Cependant, avec le ralentissement de la consommation des ménages, le modèle français est remis en question. La capacité des entreprises à survivre est un vrai sujet, elles sont prises dans un étau entre une faible consommation intérieure et une faible compétitivité à l’export. Le niveau de défaillance des entreprises est aujourd’hui le plus inquiétant, avec un taux légèrement supérieur à celui de septembre 2009, record historique alors en pleine récession. Alors que l’année dernière, les faillites concernaient surtout d’importantes PME, ce qui avait de gros impacts sur le tissu économique, il s’agit cette année de micro entreprises principalement, dont le contrecoup est moindre. Il y a beaucoup d’exportateurs en France, grands groupes internationaux comme PME et ETI, dont les succès sont remarquables. Nous pourrions facilement améliorer les activités du pays en dynamisant la compétitivité française et en étant plus flexible sur le marché du travail, notamment. La France est classée en A3, car nous avons une bonne expérience de paiement des entreprises.

Propos recueillis par Laetitia Vallée

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GUILLAUME, le pain véritable

2015 March 17
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by Corée Affaires

La boulangerie GUILLAUME, le pain véritable est l’un de ces rares lieux à Séoul où l’on peut apprécier les saveurs du pain chaud, du croissant, du pain au chocolat ou encore de l’Opéra, comme on les trouve en France, dans sa boulangerie d’à côté ! C’est dans la charmante boutique de Cheongdam que Guillaume DIEPVENS, co-fondateur de la boulangerie, a répondu aux questions de Corée Affaires.

Guillaume1

Q. Qu’est ce qui a motivé votre projet de boulangerie-pâtisserie française à Séoul ?

R. Lorsque je suis venu pour la première fois en Corée, il y a de cela plus de 10 ans, les petits plaisirs du pain à la française m’ont très vite manqué. C’est à mon retour en Corée quelques années plus tard qu’au fil des rencontres, est venu le projet de créer une véritable boulangerie à la française. Nous trouvions en effet dommage que dans une ville aussi cosmopolite que Séoul, il soit si difficile de trouver du pain ou des viennoiseries aux saveurs authentiques. Le concept a donc été très clair dès le début, et le nom de l’enseigne en témoigne : « GUILLAUME, le pain véritable » Guillaume propose boulangerie, viennoiserie et pâtisserie traditionnelles françaises, ainsi que de la restauration, bien que cela ne soit pas notre coeur de métier.

Q. Que proposez-vous donc pour le plaisir de nos papilles ? Quelle est la clé de votre succès ?

R. Assurément la marque française authentique et la qualité, à laquelle nous faisons particulièrement attention. En boulangerie, nous vous proposons la baguette et une sélection de pains traditionnels et spéciaux tels que le pain de campagne et notre spécialité : le pain complet au levain. Nos pains sont préparés suivant la tradition française, avec une croûte craquante et une mie tendre. Nous proposons aussi un large choix de pâtisseries, de la plus simple à la plus raffinée : les macarons, notre plus grand succès, les éclairs, le millefeuille, des gâteaux au chocolat et bien d’autres encore. Vous trouverez un large choix de viennoiseries typiques : croissants au beurre, pains au chocolat, chausson aux pommes,… Nous ne proposons pas ou très peu de recettes « fusion », qui ne sont jamais les plus demandées : les grands classiques français restent les plus populaires

Q. Quelle stratégie de distribution avez-vous mise en place ?

R. Nous disposons de deux boutiques, une à Cheongdam, ouverte en 2008, et une à Hannam au U.N. Village ouverte en 2009, sur lesquelles nous souhaitons maintenant nous concentrer en termes de distribution directe. Par ailleurs, nous fournissons restaurants, hôtels et quelques cafés et avons des prestations de traiteur. Nous proposons aussi des services de boites cadeau pour des évènements ou des marques. Par exemple nous avons comme clients réguliers Tiffany ou Ralph Lauren. L’emballage tout comme le contenu du coffret peuvent être personnalisés à la demande du client.

Q. Quels sont, selon vous, les enjeux pour la pâtisserie et la boulangerie françaises en Corée ?

R. Je dirais qu’il s’agit surtout d’un besoin d’éducation ou plutôt de rééducation à ce qu’est la pâtisserie française, à ses saveurs et ses textures, qui ne correspondent pas toujours aux attentes que les Coréens ont pu développer ici avec les marques existantes. Nous cherchons ainsi à créer un environnement de pure tradition française, d’une part en gardant des saveurs et des produits typiquement français et d’autre part en présentant les noms en français par exemple ou des brochures explicatives sur ce qu’est le pain. Il ne s’agit pas de changer la pâtisserie en Corée, seulement de donner à la boulangerie-pâtisserie française en Corée son authenticité, et j’ai le sentiment que nous réussissons notre pari jour après jour !

Choengdam Boutique
88-37 Cheongdamdong, Gangnamgu, Seoul, Korea
Tel: +82 (0)2 512 6701   Fax: +82 (0)2 512 6703
 
U.N. Village Boutique
28-11 Hannamdong, Yongsan-gu, Seoul, Korea
Tel: +82 (0)2 792 6701   Fax: +82 (0)2 794 6702
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L’art de vivre à la française à l’honneur à Séoul par le Musée des Arts décoratifs de Paris

2015 March 10
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by Corée Affaires

Par Olivier GABET, Directeur des musées des Arts Décoratifsphoto 2

Le XVIIIe siècle français est pour les arts un moment de perfection et de virtuosité, où la notion de luxe trouve ses racines. Paris s’affirme alors comme étant la capitale, imaginative et intelligente où s’est forgé le grand goût français, qui inspira l’Europe puis le monde et inspire encore et toujours les créateurs contemporains fascinés par l’inventivité de cette période, dans le domaine du design comme dans celui de la mode. Le XVIIIe siècle français, c’est aussi un souffle nouveau, un esprit qui éclaire le monde, laboratoire des idées et de la modernité, celles des philosophes et des Lumières, une effervescence culturelle et artistique comparable aux grands moments de l’ère Joseon en Corée.

À l’invitation de CreationLab, cette exposition inédite conçue par le musée des Arts décoratifs pour le Seoul Arts Center transporte ses visiteurs dans la vie quotidienne d’une maison élégante de Paris, à chaque heure d’une journée composée d’obligations sociales et d’intimité familiale, au diapason des usages et de la mode. L’art de vivre, le décor de la vie, les objets du quotidien élevés au rang d’oeuvres d’art, les savoir-faire, les créations du luxe, le beau allié à l’utile, sont autant de sujets que le musée des Arts décoratifs a à coeur de faire partager au public coréen.

Les conservateurs de cette exposition ont su donner libre cours à leur imagination pour évoquer ce vaste XVIIIe siècle en puisant dans les riches collections d’objets, de mobilier et de textiles du musée pour faire connaître ce « moment de perfection de l’art français ».

Nous vous invitons à entrer dans la demeure d’une famille aristocratique française du XVIIIe siècle et à découvrir du lever au coucher ses occupations, cet art de vivre à la française.

Exposition du Musée des Arts décoratifs : Une journée séduisante, Paris au XVIIIe siècle
Du 13 décembre 2014 au 29 mars 2015, Hangaram Design Museum, Seoul Arts Center
Du lundi au dimanche de 11h à 19h, sauf le mardi de 11h à 20h
Tarifs : de 9 000 à 13 000 wons
Site internet : www.sac.or.kr
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La silver économie, un secteur d’avenir ?

2015 March 3
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by Corée Affaires

C97 Cover.inddEvolution démographique et sociale de la Corée

Du fait d’un taux de fécondité très bas (suite notamment aux politiques de contrôle des naissances qui ont eu lieu dans les années 70 et à l’ac- croissement du taux d’activité des femmes), et d’une espérance de vie en constante augmentation (de 52 ans en 1960 à 81,1 ans en 2011), la Corée est confrontée à un extrême vieillis- sement de sa population qui atteindra son pic en 2018, avant d’entamer une phase de déclin démographique. Deux générations de papy-boomers viendront bouleverser la démographie coréenne : la première est née après la guerre de Corée, entre 1955 et 1963, tandis que la seconde a vu le jour entre 1968 et 1974. Un tel phénomène s’accompagnera inévitablement d’une diminution de la population active : en 2050, les plus de 65 ans seront plus nombreux que les 15-25 ans. Deux charges, les enfants d’un côté et les parents de l’autre, que les 25-55 ans ne pourront assumer, ce d’autant plus dans un contexte économique déjà diffi cile, avec un taux de chômage des jeunes générations élevé. Jeung-Kun KIM, spécialiste de la silver économie et chercheur au Samsung Economic Research Institute, explique : « Tra- ditionnellement, les enfants prennent soin de leurs parents retraités, mais la situation économique a changé, ainsi que le système familial : ce réseau su- bit un affaiblissement des solidarités intergénérationnelles et n’est plus suf- fi sant. » 81% des seniors vivaient ainsi avec leurs enfants en 1980, contre 30,8% en 2010 (Center for Strategic and International Studies). De nom- breux services et produits émergeront de cette évolution, notamment dans les domaines de la santé et de la « maison intelligente ».

La retraite en Corée

La retraite à 60 ans ? C’est l’âge légal de la retraite qui va bientôt entrer en vigueur en Corée. Pourtant, la moyenne d’âge de la retraite s’approche davantage des 70 ans, soit l’un des plus âgés parmi les pays de l’OCDE. Bien des entreprises poussent leurs employés à prendre leur retraite à 55 ans (avant l’âge leur permettant de bénéficier de la retraite publique), car ils constituent une main d’oeuvre plus coûteuse. La grille des salaires repose en effet davantage sur l’âge que les com- pétences ou l’expérience. Les sociétés prévoient, dans la plupart des cas, une indemnité de retraite versée au départ des employés et calculée sur toute la durée de leur carrière en leur sein. Le système de retraite en Corée, créé en 1988 et dont le premier versement a été effectué en 2008, est encore récent et limité : seulement un cinquième de la population perçoit une retraite, et d’un montant clairement insuffisant pour subsister avec cette seule source. De nombreux retraités sont dès lors forcés de continuer à travailler à des postes peu qualifiés et instables ou montent leur entreprise en investissant leur in- demnité de retraite : un phénomène très fréquent qui explique ce départ si tardif à la retraite. Les retraites privées de- meurent encore limitées, et ne couvrent que 26,6% des travailleurs âgés de plus de 45 ans. De nombreuses personnes âgées vivent ainsi dans une grande pré- carité et près de 40% seraient dans une situation de relative pauvreté. Le soutien aux personnes âgées de- vient donc une des priorités affi chées du gouvernement, afin de faire face à ces nouveaux défi s sociaux et économiques. Les années à venir verront donc très certainement le développement des po- litiques publiques de protection sociale, notamment en termes de retraite et de couverture santé ainsi que l’essor d’une offre privée de services aux personnes âgées. Des acteurs commencent déjà à proposer des services visant les seniors : BNP Paribas Cardiff a lancé en février 2014 l’assurance « Viva Immediate Annuity », qui permet de placer et gérer l’indemnité de retraite reçue en fin de carrière afi n, notamment, de percevoir des revenus réguliers.

Malgré une grande disparité des si- tuations sociales parmi les seniors coréens, il existe toutefois une classe aisée, dont la taille augmentera considérablement avec l’arrivée des papy-boo- mers. Ainsi, la spécialiste Suk-Eung KIM est catégo- rique : « Le marché de la silver économie concerne surtout les générations à venir, après la première vague de papy-boomers, soit 7,12 millions de per- sonnes, qui auront plus de 65 ans en 2020. » Selon la Chambre de commerce et d’industrie coréenne (KCCI), le marché de la silver économie devrait connaître une croissance annuelle de 13% jusqu’en 2020. Une croissance extrême, à l’image de la Corée.

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La silver économie, un secteur d’avenir ?

2015 February 23
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by Corée Affaires

Par Laetitia VALLEE

CA97_cover allege38.9%, telle est la part de la population que les plus de 60 ans devraient représenter en Corée en 2050, contre 16.7% aujourd’hui. De l’une des populations les plus jeunes de l’OCDE, la Corée deviendra en un temps record l’une des plus âgées. En France, 53% de la demande sera le fait des seniors en 2051 (CREDOC). Phénomène mondial et défi social, le vieillissement de la population oblige les sociétés à s’adapter et favorise l’émergence de nouveaux secteurs d’activités. En France comme en Corée, acteurs publics et privés prennent conscience du potentiel du marché : 120 milliards d’euros en France, plus de 87 milliards d’euros en Corée en 2020. En avril 2013, Arnaud MONTEBOURG, alors ministre du Redressement productif, et Michèle DELAUNAY, ancienne ministre déléguée aux Personnes âgées et à l’autonomie, ont lancé une filière de la silver économie, qu’ils définissent comme « l’économie aux services des personnes âgées ». Elle rassemble tous les secteurs liés aux populations âgées de plus de 60 ans : si le champ des possibilités est large et évolutif, neufs secteurs se démarquent – traitements et soins médicaux, produits pharmaceutiques, appareils médicaux, alimentation, cosmétiques, loisirs, services financiers, habitation et produits de consommation de confort. La silver économie, ou l’économie des cheveux gris, apparaît ainsi comme un nouveau vivier de croissance et d’emploi, et est bien souvent associée à des concepts chers à la France comme à la Corée : l’innovation et l’économie créative.

« L’enjeu est crucial : il s’agit de permettre et d’encourager les innovations qui vont nous accompagner dans notre avancée en âge et faire reculer la perte d’autonomie. » affirme le gouvernement français. Consciente de ces enjeux où nos deux pays se rejoignent, la FKCCI a ainsi dédié toute une table ronde à la silver économie lors du French Korean Creative Economy Forum, séminaire qu’elle a organisé en juin dernier à Paris. En effet, la France, qui ambitionne d’être un leader mondial du secteur, regorge d’acteurs novateurs, de la domotique au service aux personnes âgées, que la Corée accueillera à bras ouverts.

Pourtant, malgré son potentiel certain, la silver économie en Corée est un secteur en pleine création et souffre d’un manque de cohésion des acteurs publics et privés, qui commencent seulement à se mobiliser, et par conséquent d’un faible niveau d’investissements. Par ailleurs, le contexte démographique et social coréen crée un marché des seniors très différent de celui que l’on connaît en France.

Alors, miracle ou mirage ? Véritable défi social, la silver économie constitue surtout un virage à ne pas manquer. Corée Affaires mène l’enquête pour vous. Rendez-vous la semaine prochaine pour en savoir plus !

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