Les opportunités qu’offre la 5G pour les investisseurs étrangers en Corée

2019 August 29

Par Guillaume Weil, Directeur de Projet à Intralink dans les domaines de l’IdO et des Télécommunications. Intralink est une entreprise de consulting basée à Séoul pour les sociétés étrangères de toutes tailles et tous secteurs qui souhaitent approcher les marchés est-asiatiques et élaborer et exécuter leur stratégie commerciale. Avec 80 employés et présent depuis 29 ans, Intralink a des bureaux à Shanghai, Tokyo, Séoul, London, Oxford, Boston et dans la Silicon Valley. N’hésitez pas à contacter guillaume.weill@intralinkgroup.com pour tout conseil.

Le robot Lota a la Lotte World Tower ©KT

Le marché très neuf de la 5G offre un large potentiel, mais le succès pour les entreprises étrangères n’est pas automatique. Bien comprendre la stratégie de chaque opérateur est important, d’autant plus que les groupes coréens tentaculaires restent notoirement impénétrables. En aval des opérateurs en revanche, une myriade d’intégrateurs peut être la clé dans le déploiement d’un nouveau service grâce à leur accès privilégié avec un ou plusieurs opérateurs téléphoniques.

Les industriels coréens : premiers clients de la 5G

En l’absence de portables adaptés initialement, les premiers clients furent les industriels coréens. Myunghwa Industry, un constructeur de pièces automobile, utilise la 5G pour transmettre des vidéos haute définition de sa chaîne de production afin de vérifier la qualité des produits. KT a aussi célébré le lancement de son réseau avec un robot comme premier client : Lota, le robot intelligent de la « Lotte World Tower », guide les visiteurs jusqu’à l’observatoire de la tour.

De nouvelles infrastructures : des partenariats entre équipementiers étrangers et coréens voient le jour

SK Telecom a investi massivement dans Samsung pour construire son réseau 5G localement : cela va favoriser Samsung Electronics et les aider à rattraper leur retard sur Huawei et ZTE dans la manufacture des antennes. Samsung a été sélectionné pour couvrir la capitale coréenne tandis qu’Ericsson, le géant des télécommunications suédois, est partenaire de SKT et KT pour couvrir le sud-est de la péninsule et les provinces avoisinantes. Le numéro 1 des infrastructures télécom Huawei se penche aussi sur le marché coréen, mais discrètement après l’annonce de son boycott par Washington. Huawei est en effet un fournisseur de LG Uplus et prévoit un investissement de 5 millions de dollars dans son premier laboratoire d’innovation ouverte à Séoul, permettant aux PME de réaliser des tests sur leur plateforme.

A l’étranger, en 2018 Samsung était le 5ème constructeur d’équipements avec 3% de part du marché mondial. Samsung travaille notamment avec Verizon aux États-Unis sur le déploiement d’infrastructures d’accès fixes sans fil, ce qui devrait l’aider à consolider sa présence sur la scène globale. Malgré les investissements réalisés par le géant coréen, l’entreprise reste seulement 3ème dans la course aux brevets essentiels (SEP) juste derrière Huawei et Nokia. LG talonne son concurrent coréen.

Au-delà des partenariats noués dans ce climat compétitif, la Corée est devenue une destination privilégiée pour les démarches de benchmarking entreprises par les sociétés étrangères.  Parmi les nombreuses visites effectuées chez les 3 opérateurs coréens au premier semestre 2019, on compte le nouvel opérateur sud-africain Rain, les japonais Softbank ou encore British Telecommunications. De son côté, SK Telecom a signé deux protocoles d’accord avec les singapouriens Singtel et les allemands Deutsche Telekom, le premier sur une coopération dans l’e-sport et le deuxième sur le co-développement d’une plateforme de blockchain.

Un nouvel écosystème d’applications et de services dans lequel les acteurs français pourront s’engouffrer et détecter des talents coréens

L’arrivée de la 5G va permettre la création d’un tout nouvel écosystème de fournisseurs de contenus, et d’applications en relation avec la 5G. Les opérateurs coréens sont à la recherche d’entreprises pouvant fournir de nouveaux services leur permettant en échange de recouper leurs investissements massifs ; malgré l’incroyable développement de l’infrastructure téléphonique en Corée, le pays n’est pas nécessairement le plus armé pour l’élaboration de cas d’utilisations – un marché encore naissant qui offre des possibilités immenses aux entreprises françaises si elles offrent des services à forte valeur ajoutée au prix compétitif.

Voici deux exemples domaines prometteurs pour les entreprises étrangères :

  • Contenu Ultra Haute Définition et Réalité Virtuelle : des start-ups locales soutenues par Orange

                                                                             Présentation de 4DReplay à l’Ambassade de Corée en France                                             Orange FAB Seoul

Les opérateurs téléphoniques coréens travaillent avec les entreprises de jeu en ligne pour développer du contenu adapté pour les plateformes 5G. Un total de 125 milliards d’euros sera généré entre 2021 et 2028 grâce à la réalité virtuelle[1]. Parmi les nombreux exemples, on peut citer la start-up coréenne 4DReplay, soutenue par Orange Fab, qui permet d’enregistrer des évènements (sports, spectacles) en 3D avec de très nombreuses caméras et ensuite de produire une vidéo HD immersive. Eprouvée aux JO de Pyeongchang pour retransmettre les compétitions de patinage artistique, la technologie séduit déjà l’Hexagone avec un joli coup de communication de France Télévision lors de la diffusion en direct du défilé de la Fête Nationale. Ainsi, Orange Fab Seoul repère les talents et soutient les start-ups coréennes prometteuses à l’étranger. Parmi les autres pépites qui entendent bien profiter de la 5G, on compte DoubleMe qui convertit les vidéos 2D en expérience holographique 3D en réalité virtuelle, ou encore Salin, un média social permettant à plusieurs personnes de se réunir en VR pour regarder des vidéos, jouer à des jeux ou encore étudier !

  • Véhicules connectés : un projet conjoint de véhicule autonome

                                                                                        Projet Dangun ©www.renaultsamsungm.com

Autre exemple de coopération franco-coréenne : le projet Dangun. En réunissant Renault, l’Université Hanyang, LG, Samsung, Valéo et plusieurs PME, le projet a pour but de concevoir un véhicule autonome low-cost. Soutenu par les gouvernements, le véhicule électrique phare de Renault (la Zoé) choisi pour la démonstration de conduite autonome a obtenu l’année dernière l’autorisation de circuler dans les zones désignées par le ministère coréen du transport. La technologie d’assistance à la conduite sera ensuite mise à profit par le groupe Renault dans ses véhicules. Renault Samsung compte bien aussi commercialiser ses premiers véhicules autonomes de niveau 4 dès 2023, si les tests actuels sont concluants selon les communiqués officiels du groupe.

[1] Source : Intel 2019

Les enjeux de la 5G dans un monde d’objets connectés : quels impacts pour la cybersécurité ?

2019 August 27

Par Myriam Konte, Business Developer chez IT-CONCEPT. IT-CONCEPT est une entreprise de conseil technique basée à Séoul spécialisée dans l’infrastructure réseau, les serveurs et la sécurité informatique.

L’arrivée de la 5G sur le marché coréen permettra d’augmenter l’efficacité du réseau à tous les niveaux et de connecter plus d’appareils en un temps considérablement réduit. Bonne nouvelle pour le marché de l’Internet des Objets (Internet of Things ou IoT en anglais) ! Ce marché en plein essor est amené à quintupler son nombre de produits mis en vente dans le monde ; d’ici 2023 le nombre de connections cellulaires via les IoT atteindra les 3,5 milliards en raison de son important développement en Chine[1]

Cependant, les systèmes de de sécurités inviolables n’existent pas car le développement et l’accessibilité de ces nouvelles solutions impactent fortement les risques de cyberattaques dans les entreprises et chez les particuliers. Selon Sylvain Chevallier, spécialiste des télécommunications et associé du cabinet de conseil IT Bearing Point, « le réseau 5G sera permissif, comme tous les réseaux ». Cela signifie qu’il y aura des failles du système qui seront de taille moindre, surement plus compliquées à exploiter mais leur nombre sera plus grand, en raison du développement des objets connectés : voitures, accessoires, appareils électroménagers, vêtements… Le volume de données va donc croitre de façon exponentielle et ces données seront plus sensibles voire vitales pour des industries telles que la santé et la politique. Ainsi, le réseau 5G nous met plus au défi que les générations antérieures, compte tenu de la diversité des réseaux complémentaires qui le composent, les objets connectés, les nouveaux appareils supportant la technologie ainsi que les nouveaux services associés.

Source : Ericsson Mobility Report, Juin 2018

Il devient alors nécessaire pour les entreprises de prendre du temps afin de repenser leur stratégie et y intégrer la sécurité. Le niveau de sécurité de la 5G est en théorie supérieur à celui de la 4G, ce qui signifie qu’il sera plus difficile pour les hackers de localiser les personnes, usurper leur identité et voler leurs données personnelles.

D’après le rapport annuel sur la cybersécurité de la multinationale Wipro, 74% des entreprises mondiales ont actuellement mis en place une évaluation des risques de sécurité sur les IoT. De plus, un pourcentage significatif d’entreprises a l’intention de mettre en place des agents de détection de menace et de créer un réseau séparé pour contrôler leurs objets connectés d’ici deux ans.

Connections cellulaires par region
Source : Ericsson Mobility Report, Juin 2018

Selon le type de données que les IoTs traitent, les risques varient. Les objets connectés susceptibles d’être piratés sont dans la plupart du temps utilisés pour miner des crypto-monnaies, ce qui peut engendrer un impact considérable dans les grandes entreprises comme en 2016 lorsque l’hébergeur de données européen OVH fut compromis avec le logiciel malveillant Mirai. Depuis 2018 Symantec, l’entreprise de logiciels de cybersécurité, observe une forte augmentation de vols d’informations personnelles via le piratage d’objets connectés[2]

Les pirates informatiques pourront se connecter à distance à des caméras domestiques, accéder aux données fournies par les bracelets connectés, utiliser la voix d’enceintes connectées pour piéger les utilisateurs, etc. Les appareils les plus ciblés par des attaques ont été, en 2018, les routeurs, concentrant 75% des attaques, suivis par les caméras connectées (15 %) et les appareils multimédias (5 %)[3]


Source : Ministère du digital, de la culture, des médias et du sport du Royaume-Uni

Quelles menaces pour les objets connectés ?

  • Le manque de puissantes fonctions de sécurité directement intégrées dans les IoT car cela nuit au design et à la rapidité.
  • L’existence d’un grand nombre de cadres de normes différents n’étant pas uniformes selon les zones géographiques.
  • Une augmentation du volume des données
  • Dans le domaine de la santé, des risques d’invasion du secret médical et le manque de management des données sont devenus des sujets sensibles.

 

Quelles mesures de sécurité pour l’IoT utilisant la 5G à mettre en place ?

  • Nécessité pour les entreprises exploitant la 5G pour l’IoT d’incorporer dans leur stratégie de développement des mesures de sécurité.
  • Des objets connectés dotés de système d’authentification plus sécurisés tels que l’identification biométrique, sensorielle avec l’utilisation de la voix, la reconnaissance faciale ou encore l’empreinte digitale de l’utilisateur.
  • Un système unifié pour coordonner les différentes méthodes de sécurité à travers les différents niveaux du réseau.
  • Une sécurité du début à la fin de la chaîne des partis prenants depuis l’utilisateur jusqu’au cœur du réseau. La façon dont le réseau 5G est distribué représente un défi pour la mise en place de cette mesure.
  • Une sécurité existante traversant les différents domaines d’application est indispensable.
  • Nécessité d’intégrer la sécurité dès le développement du design.

 

Quelques conseils à adopter en entreprise selon Sylvere Smoliga, CEO & Fondateur chez IT-CONCEPT.

  • Utiliser un Wi-Fi sécurisé, tel que le Wi-Fi chiffré WPA2/WPA3, et activer l’authentification à deux facteurs lorsque c’est possible.
  • Créer un réseau Wi-Fi « invité » pour les personnes de passage.
  • Protéger le compte lié à l’appareil avec un mot de passe robuste et activer l’option de mise à jour automatique.
  • Activer la fonction « muet » des assistants vocaux lorsqu’ils ne sont pas utilisés et s’authentifier avec un profil vocal quand cette option est disponible.
  • Entreposer les mots de passe partagés dans des bases de données cryptées et centralisées telles que Password Safe ou KeePass.
  • Changer régulièrement les mots de passe (par exemple tous les 90 jours).

 

[[1] Source : Ericsson Mobility Report, Juin 2018

[2] Source : Le Monde, 2019

[3] Source : Symantec, 2018

 

 

 

 

 

 

 

Le recrutement des étrangers dans les Chaebols : quelles tendances ?

2019 August 22

Par Philippe Tirault, directeur général de DHR International Korea Limited

Philippe Tirault, avec plus de 25 ans d’expérience dans le secteur du recrutement de cadres, est directeur associé pour la Corée au sein de DHR International. Il a commencé sa carrière dans ce domaine en fondant sa propre entreprise de recrutement en 1987, qui s’est développée dans 7 pays du continent asiatique.

Le recrutement d’étrangers dans les sociétés coréennes n’est pas un phénomène nouveau.

En 1997, le groupe Samsung a créé ce qui est maintenant GSG (Global Strategy Group). Leur idée ? Créer une société de consultants internes organisée sur le modèle des grands cabinets de conseil (McKinsey, BCG, Bain). Les consultants étaient directement recrutés lors d’entretiens sur les campus des grandes universités. Cela devait permettre de créer un pool de talents pouvant prendre des responsabilités dans le groupe à l’issue d’un contrat de 3 ans avec GSG. Toujours dans le groupe Samsung, chez Samsung C&T et chez Samsung Engineering, des étrangers ont rejoint ces sociétés pour diriger certaines divisions ou des lignes de métier.

En effet, à la suite du bouleversement créé par la crise asiatique, beaucoup de groupes coréens et d’institutions financières ont décidé de recruter des étrangers pour attirer des idées innovantes et cultiver une manière nouvelle de se développer.

LG Electronics a adopté en 2003-2004 ce concept de changement de manière radicale. Grande nouveauté : le CEO décida que cinq sur sept des membres du comité exécutif seraient étrangers ! Cela créa bien sûr des remous internes. L’organisation n’était pas prête, engendrant plus de complications que de réelles améliorations. 2 ans plus tard, le PDG se faisait évincer et remplacer par un membre de la famille fondatrice du groupe : un fiasco pour les étrangers qui ont été poussés à partir. Avec le recul, on peut s’interroger sur le résultat de cette expérience. Pendant ces deux ans de « test », le cours de l’action de LG Electronics a pourtant fortement augmenté et le vice-président exécutif en charge de la chaîne d’approvisionnement, un Français, a généré des économies annuelles de 1,6 milliards de dollars.

Autre exemple : SK Telecom a donné le rôle de directeur des ressources humaines à une étrangère. A l’époque, le groupe avait fait de son développement à l’étranger une priorité stratégique. Après une tentative de percée sur le marché américain et en Europe de l’Est, les plans de développement se sont retrouvés mis à mal et la directrice des ressources humaines remerciée.

Doosan a été plus lent à inviter des étrangers, cependant en 2006, l’entreprise a nommé un PDG américain à la tête de Doosan Infracore. Cette personne avait profité de sa longue relation établie avec le groupe coréen, par son travail de conseil chez McKinsey.  De même un CEO étranger a été nommé pour la filiale de Doosan Infracore spécialisée dans le matériel de construction, après l’achat de l’entreprise Bobcat.

 

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Samsung GSG existe toujours mais avec des effectifs plus réduits : de 150 personnes à son apogée, l’équipe est passée à 60 éléments aujourd’hui. Dans ses bureaux, une carte de monde représente les  anciens de GSG qui travaillent au sein du groupe Samsung partout dans le monde. La liste est de manière surprenante très courte. Le profil de recrutement a évolué : en parallèle du démarchage sur les campus, l’entreprise cherche à recruter directement auprès des cabinets de conseil des talents bénéficiant déjà d’expérience. Chez Doosan, les difficultés rencontrées par les divisions dirigées par les étrangers ont entraîné des départs, dont les postes vacants ont été remplacés par des personnes coréennes.

Actuellement, le nombre d’expatriés travaillant dans la péninsule pour des sociétés coréennes a fortement diminué, beaucoup de contrats n’étant pas renouvelés. Les postes de conseil d’administration auxquels les étrangers étaient invités (LG Electronics, Posco…) ont presque disparu. On compte aujourd’hui moins de 100 étrangers siégeant dans les comités d’administration en Corée.

Certains groupes continuent néanmoins à faire venir des expatriés dans leurs équipes.
Dans les domaines techniques, la demande est toujours forte pour les profils qui apportent des technologies encore non-développées localement. Hyosung par exemple cherche constamment des ingénieurs – souvent en retraite – pour remplir des rôles de conseil. Le cas de Hyundai Motor est également intéressant. Le groupe a recruté Peter Schreyer, le designer automobile allemand mondialement reconnu, après son départ d’Audi. Il a rejoint la Corée en tant que designer en chef de Kia Motors : quelques temps plus tard, les voitures KIA dépassaient les véhicules Hyundai dans les sondages en termes esthétiques. En 2014, Hyundai Motors recrute Albert Biermann, ancien patron de BMW M GmbH, filiale dédiée au Grand Tourisme et à la compétition. Un an plus tard, Hyundai lance la série N, rappelant curieusement la série M de BMW ! Depuis, 20 experts étrangers ont grossi les rangs du géant automobile. La nouvelle Genesis G70 est désormais un concurrent direct de la BMW série 3.

Ces cas illustrent bien que le recrutement d’experts étranger est devenu la cible principale des sociétés coréennes en mal d’innovation. Cependant au niveau du management, le besoin de communiquer en coréen et les barrières culturelles réduisent les chances pour les expatriés, et les sociétés se tournent souvent vers des profils biculturels qu’on appelle « kyopo », tirant parti du meilleur des deux mondes. Aujourd’hui, la Corée attire par la Hallyu et son succès économique : de plus en plus de cadres français s’interrogent sur la possibilité de venir en Corée y travailler. Malheureusement, à moins d’avoir des connaissances techniques pointues dans les secteurs stratégiques pour les sociétés coréennes, il y a de manière générale très peu d’opportunités de carrière pour ceux qui veulent tenter leur chance au Pays du Matin calme.

La route du futur : 5G, l’effet de seuil

2019 August 20

Par Sébastien Falletti, correspondant pour Le Point et Le Figaro

Dessiner la route du futur, au cœur de Séoul. Dès 2020, la capitale sud-coréenne va se doter de 12 autoroutes « intelligentes », reliant ses carrefours névralgiques de Gangnam à Yeoido, en passant par Sangam, première étape de l’arrivée de la voiture autonome, grâce à la puissance de la 5G. 1600 bus et une centaine de taxi seront équipés de 1700 senseurs pour servir de test grandeur nature à un système de voiture autonomes avancés (ADAS pour Advanced driver assistance system), définissant une carte intelligente, mise à jour en temps réel, par l’intelligence artificielle (AI). 121 km de tronçons guidés par un algorithme, grâce au premier réseau 5G mise en opération dans le monde. Ce projet annoncé conjointement le 23 mai dernier, par la municipalité et l’opérateur télécom SKT vise à faire de la mégalopole sud-coréenne une vitrine mondiale de la mobilité de demain, en alliant deux piliers de la prochaine révolution industrielle, la 5 G et l’AI.  « Alors que les cartes 3D actuelles sont mise à jour manuellement, cette future carte super précise incorpore en continu les informations, et les changements en temps réel, tels les chemins creux ou les travaux de constructions. Grâce à la 5G, les véhicules transfèrent les datas récoltés vers un serveur central, et l’intelligence artificielle identifiera d’elle-même les modifications pour produire automatiquement un nouvelle carte » explique un porte-parole du consortium. Ce projet pilote qui inclut 17 partenaires, dont Hyundai Motors, Kakao ou LG Electronics, doit servir de première étape concrète en vue de la mise en place à terme de la voiture autonome dans la mégalopole. Une course poursuite mondiale féroce qui se joue aux quatre coins de la planète, de la Silicon Valley, à la Chine et où la Corée du sud veut s’affirmer en mariant ses expertises en matière de télécom et d’automobile.

         ©SK Telecom, www.sktelecom.com                                                                 ©STRADVISION

L’avènement de la 5G est une condition indispensable, bien qu’insuffisante pour remporter le trophée. Grâce à son instantanéité, tout comme à la masse de données qu’elle peut transférer, cette technologie va permettre de franchir un seuil à la quête de la voiture autonome. Plutôt qu’une révolution, « il s’agit de l’un des multiples pas essentiels pour pouvoir atteindre l’objectif de la conduite autonome, dont la généralisation est attendue à l’horizon 2040-2050 » explique Junhwan Kim, le PDG de StradVision, une start-up fondée à Pohang, sur la côte orientale de la péninsule spécialisée en deep learning. Ancrée autour de 15 ingénieurs issus de la prestigieuse école d’ingénieur Postech, la pépite compte déjà 120 employés, et des bureaux à Séoul, Tokyo et San José en Californie, grâce à un investissement de 7 millions de dollars de Hyundai Mobis. StradVision développe un logiciel d’AI capable de rendre « intelligentes » les caméras embarquées sur des véhicules, pour détecter les obstacles sur la route : un piéton, un autre véhicule, ou un feu rouge. Et l’arrivée de la 5G permet de multiplier les données à disposition pour affiner la conduite. « La 5G nous permet de relier la voiture au Cloud en temps réel, mais aussi partager des informations avec d’autres véhicules sur la route afin de concevoir une vision la plus complète possible » explique Kim. Le PDG, espère accoucher d’un logiciel effectif d’ici « deux à trois ans ».

Un employé de SK Telecom vérifie l’état de la mise à jour en temps des cartes HD basées sur la technologie 5G dans la salle de surveillance TOPIS (Seoul Traffic Information Centre)
©SK Telecom, www.sktelecom.com

« La 5G va transformer les industries qui exigent une grosse quantité de données. Par exemple les jeux vidéo qui pourront désormais être joués en Streaming » explique Olivier Mouroux, cofondateur d’Asiance, une agence de marketing digitale, à Séoul. L’automobile fait partie des secteurs clés qui seront bouleversé par ce nouvel afflux de big data. Pour autant la 5G n’est qu’une étape d’une longue route encore incertaine, et la nouvelle technologie est loin d’être une panacée, pointent les chercheurs. Ainsi, l’instantanéité proclamée par les opérateurs pourrait ne pas être suffisante. « En conduite autonome, une fraction de seconde de retard peut conduire au désastre » rappelle Sangyon Han, représentant d’Orange Fab, à Séoul, un incubateur, qui couve StradVision, et deux autres start-ups développant des applications concrètes à la 5G. « Il y a toujours un débat sur le temps de latence, et je ne suis pas convaincu que la vitesse sera suffisante, car il y aura toujours des angles morts dans le réseau. Donc il est essentiel que le véhicule puisse s’appuyer sur ses propres données pour assurer sa sécurité » juge Junhwan Kim.

Pour dégager la route du futur, deux obstacles majeurs doivent encore être levés selon le PDG. Compléter le réseau 5G sur l’ensemble du territoire, et adapter l’appareil législatif qui limite aujourd’hui le développement de la voiture autonome. « Il existe beaucoup trop de régulations en Corée qui entravent cette nouvelle technologie, comme par exemple l’interdiction d’utiliser certaines fréquences pour prévenir des interférences » explique Kim. La révolution de la 5G sera de longue haleine.

Infrastructures 5G : défis à l’aube de la 4e révolution industrielle

2019 August 16

Par Louis Palligiano, Correspondant de Libération & journaliste à KBS World Radio

Le mercredi 3 avril est une date à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire de la commercialisation de la 5G mobile, la Corée du Sud a déployé avant tout le monde le premier réseau de technologies mobiles de cinquième génération à l’échelle nationale. Malgré quelques écueils techniques, les premiers utilisateurs ont notamment signalé des problèmes de débit et de couverture, le pays du Matin clair peut s’enorgueillir d’avoir dépassé la barre du million d’abonnés à la 5G quelques mois après son lancement.

Considérée comme une technologie de base de la 4e révolution industrielle, la 5G va permettre d’accélérer le développement de services clés tels que l’Internet des Objets (IdO), les villes intelligentes, les voitures autonomes ou encore les hôpitaux numériques. Soutenu par les efforts conjoints des pouvoirs publics et des industriels, le déploiement sud-coréen de la 5G marque un premier pas vers un nouveau paradigme dans les communications sans fil. « Jusqu’à la 4e génération de technologie de communication, nous nous sommes principalement concentrés sur les smartphones, mais avec la 5G c’est toute l’industrie des TIC qui est impactée. Ces réseaux peuvent traiter 100 fois plus de données à un débit 20 fois supérieurs que la 4G et réduire le temps de latence à une milliseconde. C’est à partir de maintenant que nous allons pleinement réaliser le potentiel de l’IA, notamment au sein des entreprises intelligentes », explique Park Tae Wan, directeur du département des TIC et de la radiodiffusion au sein du ministère de la Science et des TIC.

Bien conscient des avantages stratégiques que lui confère son statut de pionnier dans les réseaux 5G, Séoul affiche pour objectif la création de 600 000 emplois et un chiffre d’affaires de 73 milliards de dollars dans les industries liées d’ici 2026. Alors que la croissance des principaux produits d’exportation sud-coréens, tels que les semi-conducteurs, est atone, le gouvernement souhaite faire de la 5G une nouvelle rampe de lancement pour le secteur des TIC. « Les premières applications de la 5G concernent le marché du B to B et les usines intelligentes, les segments de la VR\AR (réalité virtuelle et augmentée) et des drones profitent déjà de nouveaux débouchés, constate Park Tae Wan, pour l’e-santé il y a encore une régulation stricte ici. Ça va donc prendre plus de temps. On ne peut pas nier que la 5G et les progrès de l’IA vont faire disparaitre certains emplois mais cette technologie en créera aussi de nouveau. Pour les véhicules autonomes, si nous utilisons des voitures 5G, il n’y aura plus besoin de chauffeurs mais des postes pour la maintenance, la réparation ou la programmation des logiciels vont être créés ».

Le gouvernement sud-coréen s’active tous azimuts pour mettre en place l’infrastructure nécessaire visant à tirer au mieux parti de la 4ème révolution industrielle. Afin d’aider les opérateurs de téléphonie mobile et les fabricants de matériel de communication à améliorer leurs services 5G, il a annoncé en avril dernier qu’il investirait 30 000 milliards de wons (26 milliards de dollars) pour déployer des réseaux 5G dans tout le pays et développer les firmes connexes au cours des trois prochaines années. Grâce à des partenariats public-privé, la Corée du Sud sera capable de fournir une couverture complète de la 5G au niveau national a promis le président Moon Jae-in et 90% de la population pourra profiter des services 5G avant la fin de l’année. « Techniquement, afin de prendre en charge une bande passante beaucoup plus large, la 5G nécessite une plage de fréquences élevées. Les entreprises de télécommunication vont devoir installer environ quatre fois plus d’antennes-relais pour fournir des services 5G stables, les fréquences 5G ayant une portée moindre et étant plus facilement affectées par les obstacles », selon Lee Seong-choon, le président de la fondation Giga Korea, un organisme issu d’un projet gouvernemental qui a notamment pour but de développer les services liés à la 5G. En avril dernier, un député du parti démocrate chiffrait à 85 261 le nombre d’antennes-relais sur tout le territoire dont 64,4 % dans la région de Séoul et 21,2% dans les cinq principales villes du pays.

A l’ère de la 5G, le nombre d’appareils connectés (IdO) devrait atteindre les 30 milliards d’ici 2021 et la majorité d’entre eux seraient potentiellement vulnérables aux cyberattaques, s’alarment de nombreux observateurs. KT, l’un des trois grands opérateurs sud-coréens, compte proposer des services basés sur la technologie de blockchain pouvant renforcer la sécurité et prévenir les cyberattaques. D’après Lee Seong-choon, il s’agit des principales difficultés à surmonter dans « l’environnement de services 5G liés aux voitures autonomes, aux usines intelligentes ou encore à la santé numérique, où la cybersécurité est encore plus vitale qu’auparavant. Les pouvoirs publics, les entreprises, les universités travaillent quotidiennement pour contrer le piratage informatique. Avec la 5G, de nouveaux défis vont s’imposer et il va falloir considérer les aspects réseaux, contenus et appareils séparément. C’est une question d’adaptation ».

La 5G entre promesses et réalité

2019 August 14
Par Oriane Lemaire, Rédactrice en chef du Corée Affaires

Imaginez un monde où plusieurs giga-octets sont chargés en une seconde et où les taux de latence sont inférieurs à une milliseconde. Ce n’est plus de la fiction mais la réalité en Corée depuis le lancement commercial de la 5G. Séoul, en avance sur son planning initial, a devancé seulement de quelques heures le géant américain Verizon. Une victoire symbolique dans cette course ultra-compétitive où les fiertés nationales se confrontent. Bien plus qu’une simple amélioration de notre réseau mobile actuel, la 5G promet un bouleversement de l’économie et de la société avec de nouvelles applications qui iront de l’apprentissage du foot à distance à une révolution des modes de production dans les usines intelligentes. Dans notre dossier spécial sur la 5G, nous explorerons pour vous la genèse, les promesses et les limites de cette révolution numérique dans la Corée ultra connectée.

En tête du classement de l’Union Internationales des Télécommunications, l’avance de la Corée n’est pas surprenante : elle bénéficie d’une géographie et densité avantageuse, d’une appétence pour les nouvelles technologies et d’une longue histoire de politiques volontaristes. « En 1994, le gouvernement coréen a établi le Ministère de l’Information et de la Communication pour se concentrer plus sur les technologies de l’information. Quelques années plus tard, après la crise de 97-98, la nouvelle administration de Kim Dae-Jung a fait de ces technologies un socle pour l’innovation » nous explique Youngsup Joo, Professeur à Korea University et ancien Ministre des PME. « Les pouvoirs publics ont réalisé des investissements massifs dans les infrastructures. Aujourd’hui, même au sommet des montagnes reculées on bénéficie de la couverture 4G ! » ajoute-t-il. Désormais pour le gouvernement actuel, la 5G est au socle de la 4è Révolution Industrielle, dont l’hyper connectivité permettra la « convergence des technologies telles que l’intelligence artificielle et le Big Data, tandis que les entreprises pourront fournir en masse des produits et services customisés, en rupture avec les anciens modèles de production » selon M. Joo.

Un mois, après le lancement de la 5G par les 3 opérateurs coréens KT, SK Telecom et LG Uplus, on comptait déjà 260 000 clients, surpassant largement les statistiques en 2011 lors du démarrage de la 4G. SK Telecom nourrit déjà de grandes ambitions : « On espère atteindre les 7 millions d’utilisateurs l’année prochaine, soit 40% du marché local » rapporte Yoon Poong-young, le directeur financier du groupe, lors d’une conférence de presse.

Un marché juteux donc, mais à quel prix ?

Pour le consommateur, 50,000 won (environ 37 euros) l’abonnement mensuel et plus de 1000 dollars le nouveau smartphone compatible avec la 5G, dont l’offre est limitée – seuls les LG V50 ThinQ et Samsung Galaxy S10 sont pour l’instant sur le marché. « La 5G permettra de couper les prix » selon M. Joo, optimiste sur la question de la fracture numérique.

Pour l’environnement, l’impact est difficilement mesurable et la question écartée des débats en Corée, mais la massification des données engendrera une forte hausse de la consommation électrique qui repose encore sur le charbon principalement.

Les autres grands enjeux de la 5G seront les questions des régulations sur des sujets aussi variés que l’harmonisation du spectre des fréquences, la fiscalité, la concurrence, la fracture numérique et la neutralité du net. La Corée a décidé de se lancer principalement dans la bande 3,4 à 3,8 GHz qui permet une large couverture complétée par la très haute fréquence de 28 GHz, tandis que l’Europe se tourne vers le 26 GHz. Les qualités de propagation limitée de ces bandes très haute fréquences (dites « millimétriques ») rendent délicate une couverture étendue et bon marché, notamment dans les zones les moins densément peuplées.

Au-delà des efforts à mettre en œuvre par les industriels pour minimiser les coûts de déploiement en zone rurale, la nécessité de densifier le réseau pour couvrir des surfaces plus petites soulève aussi la question du régime fiscal. Des mesures sont déjà prises pour diminuer la fiscalité des stations radioélectriques en France par exemple.

Source : ARCEP, Mars 2019

Ces spécificités techniques liées au réseaux 5G posent des questions différentes en Corée et en France : selon l’Arcep (l’Autorité française de régulation des communications électroniques et des Postes surnommée « l’Architecte des réseaux » dans son manifeste), « si la France métropolitaine et la Corée sont similaires en termes de taille de population, la Corée est un territoire presque 5 fois plus densément peuplé. Cette différence explique que la question de la couverture du territoire soit d’avantage un sujet en France qu’en Corée. »

La Corée revêt un intérêt particulier pour le régulateur français, qui en vue de mettre en place la stratégie nationale pour la 5G lancée en juillet 2018, réalise des voyages d’étude dans les pays en pointe et entretient des relations régulières avec son homologue coréen, la Korean Communication Commission. Dernier événement en date : Sébastien Soriano, président de l’Arcep s’est exprimé en mai 2019 à l’Assemblée Nationale de Corée sur le thème de la régulation des Big Tech.

Pour l’instant la 5G est en face de test en Europe. D’ici sa commercialisation en 2020, l’objectif est d’avoir une ville connectée dans chaque pays de l’union. Les enjeux géopolitiques, notamment avec le géant chinois Huawei accusé par Washington d’être de mèche avec son gouvernement, pourraient compliquer la donne même si la commission européenne ne recommande aucune interdiction de l’industriel chinois.

Affaire à suivre….

La Corée du Sud est-elle trop dépendante des semi-conducteurs ?

2019 August 6

Par Léo Besson, Service économique de l’Ambassade de France en Corée 

[Ndlr. L’article a été rédigé en mars 2019 avant la décision du gouvernement japonais de restreindre les facilités administratives à l’exportation à la Corée du sud.  L’analyse proposée par l’auteur de l’article ne tient donc pas compte des potentiels effets de la décision sur la filière, aussi bien à court-terme qu’à plus long-terme.

Si cette décision risque d’affaiblir l’industrie des semi-conducteurs coréenne, il est pour l’instant difficile de mesurer son impact. Le Japon est le principal fournisseur de polymide fluoré, de photorésine et de fluorure d’hydrogène, les trois matériaux nécessaires à la construction de semi-conducteurs, dont les entreprises phares, Samsung et SK Hynix, sont fortement dépendantes. En 2018, d’après la Korea International Trade Association (KITA), la Corée achetait au Japon les produits nécessaires à la fabrication de semi-conducteurs pour une valeur de 11,7 Mds USD.

Pour faire face à cette situation, le gouvernement coréen a annoncé le 6 août qu’il débloquerait 7 800 Mds KRW (5,7 Mds EUR) sur les 7 prochaines années. Cela permettrait aux entreprises affectées par la décision japonaise de bénéficier d’une augmentation des fonds R&D, d’exemptions fiscales et de régulation moins contraignantes, afin de rechercher les matériaux nécessaires à la réalisation de leurs produits.*]

Poussée par le super-cycle des mémoires, l’industrie coréenne des semi-conducteurs (notion désignant les composants – circuits intégrés, puces, processeurs, mémoires – des produits des technologies de l’information et de la communication) a réalisé une année record en 2018, avec 127 Mds USD d’exportations, soit plus d’un cinquième des exportations coréennes. Le retournement du cycle, qui a contribué au recul de la croissance trimestrielle de 0,3% au 1er trimestre 2019, souligne cependant les risques, pour la Corée, de voir son excédent commercial dépendre trop fortement de ce seul secteur. D’ autant plus touché par les mesures de retalions japonaises récemment prises..

1. La Corée, de pays atelier à leader technologique

L’industrie coréenne des semi-conducteurs, agissant d’abord comme sous-traitant de groupes étrangers, a su émerger très rapidement grâce à la politique industrielle du gouvernement : subvention aux secteurs stratégiques, soutien aux exportations, maitrise des importations et contrôle des investissements étrangers. Dès les années 1980, la Corée se positionne comme 3e acteur mondial derrière les Etats-Unis et le Japon, puis devient leader mondial du marché DRAM (Dynamic Random Access Memory, une technologie de mémoire vive) dans les années 90.

L’industrie coréenne des semi-conducteurs se structure autour de Samsung Electronics et de SK Hynix, née du rachat de LG Semiconductor par Hyundai Electronics lors de la crise asiatique, puis rachetée par SK en 2011. Les deux groupes sont devenus, en 2018, respectivement premier et troisième acteurs mondiaux du marché. Les deux groupes ont bénéficié de sous-capacités de production mondiales sur le marché des mémoires DRAM et NAND, dont les chiffres d’affaires mondiaux sont estimés à respectivement plus de 100 et 60 Mds USD en 2018 (environ 30% du marché total des semi-conducteurs), et dont les deux groupes se sont arrogés environ 73% et 50% des parts en 2018.

Ces derniers sont fortement intégrés aux chaînes de valeur électronique mondiale, y compris celles de concurrents étrangers des géants coréens de la téléphonie mobile : les fournisseurs de pièces pour les téléphones Huawei et Apple, Samsung Electronics et SK Hynix représentent par exemple 40% des coûts de production des modèles de la marque chinoise Oppo.

Graphique 1. Ventes (en Mds USD) des 5 leaders mondiaux du secteur en 2018

Source : IC Insights

La spécialisation de la Corée du Sud sur les semi-conducteurs s’explique par le redéploiement de l’industrie coréenne sur les secteurs à haute valeur ajoutée : Samsung était notamment l’entreprise mondiale la plus dépensière en R&D en 2018. Déjà présent en Chine, Samsung se tourne, pour l’assemblage, vers l’Asie du Sud-Est, en particulier le Vietnam, où Samsung est le premier employeur, et l’Inde, avec l’ouverture de la plus grande usine de smartphones au monde en juillet 2018. Dans le même temps SK Hynix, fortement soutenu par le gouvernement, devrait investir 106 Mds USD sur plus de 10 ans pour la construction du plus grand cluster mondial de production de semi-conducteurs à Yongin, au sud de Séoul.

2. La spécialisation coréenne accrue impacte ses résultats économiques actuels

Graphique 2. Part des semi-conducteurs dans les exportations coréennes totales

Source : MOTIE

Les exportations coréennes de semi-conducteurs (127 Mds USD en 2018) ont progressé de 29,4% sur un an. Si les exportations coréennes ont progressé de 5,5% en 2018 (605 Mds USD), les exportations hors semi-conducteurs, elles, n’ont progressé que de 0,7%.

La Corée est de fait exposée aux fluctuations d’un marché très volatil : les exportations coréennes, en recul de 8,5 % sur un an au 1er trimestre 2019, ont pâti du repli des ventes de semi-conducteurs (-21,5%). La fin du cycle d’investissement dans les data center, des stocks plus importants qu’attendu, et la faible demande mondiale, notamment chinoise, de smartphones, ont poussé les prix vers le bas.

Graphique 3. Variation et estimation des prix des mémoires DRAM et NAND (Nomura)

Source : WSTS, Nomura estimates

De plus, les exportations de semi-conducteurs coréens risquent de prendre un coup supplémentaire dans les prochains mois, voir les prochaines années à venir. En effet, le Japon est le principal fournisseur de polymide fluoré, de photorésine et de fluore d’hydrogène, les trois principaux matériaux nécessaires pour la construction de semi-conducteurs. Le 4 juillet dernier, sur fond de tension diplomatique, le Japon a pris la décision de retirer la Corée du Sud de sa liste de pays bénéficiant de tarifs avantageux sur les exportations. Un choix lourd de conséquences pour la Corée et ses entreprises phares, Samsung et SK Hynix, qui dépendent entièrement des produits chimiques japonais dans leur chaîne de production. En 2018, la Corée achetait au Japon les produits nécessaires à la fabrication de semi-conducteurs pour une valeur de 11,7 Mds USD.

Pour faire face à cette situation, le gouvernement coréen a annoncé le 6 août qu’il débloquerait 7 800 Mds KRW (5,7 Mds EUR) sur les 7 prochaines années. Cela permettrait aux entreprises affectées par la décision japonaise de bénéficier d’une augmentation des fonds R&D, d’exemptions fiscales et de régulation moins contraignantes, afin de rechercher les matériaux nécessaires à la réalisation de leurs produits.

L’investissement en équipement, tiré ces dernières années par le secteur, s’est contracté au premier trimestre (-10,8% en volume par rapport 1er trimestre 2018), poussant la croissance au 1er trimestre 2019 en territoire négatif (-0,3% vis-à-vis du 4e trimestre 2018). Les analystes les plus pessimistes, qui doutent de la reprise de l’investissement et des exportations attendue par la Banque de Corée au 2e semestre, estiment que la croissance 2019 pourrait passer sous la barre symbolique des 2%.3.

3. Quels ajustements pour l’industrie coréenne?

La Corée dépend très fortement de la Chine, son principal débouché pour ses exportations de semi-conducteurs avec 41% du total. Or celle-ci  souhaite, à terme, développer sa propre filière, pour rendre sa chaine de production indépendante, ce qui réduirait les marges et, en cas de rattrapage technologique, les parts de marché coréennes. Lors des négociations commerciales sino-américaines, les fabricants chinois se disaient ouverts à renforcer leur approvisionnement auprès d’entreprises américaines. Le récent embargo américain envers Huawei pourrait, a contrario, profiter aux producteurs coréens de semi-conducteurs, suite au retrait de certains fournisseurs clés comme Broadcom, Qualcomm et ARM.

La Corée souhaite par ailleurs réduire sa dépendance aux mémoires, considérées comme le secteur au moindre potentiel des semi-conducteurs : le gouvernement a annoncé un investissement de 850 M USD pour le secteur du « non-mémoire » (processeurs, capteurs d’image ou chipsets gérant les flux de données), représentant 65% du marché total, et actuellement dominé par les Etats-Unis. Samsung va notamment réorienter ses investissements vers le non-mémoire, en particulier les semi-conducteurs systèmes.

Le gouvernement souhaite aussi encourager le fabless (conception des produits uniquement, comme Broadcom et Qualcomm) et les fonderies (sous-traitants, comme le taïwanais TSMC, qui détient plus de 50% du marché) : le président Moon Jae-in souhaite faire de la Corée le leader mondial des fonderies en 2030 – Samsung Foundry est devenu le 4e acteur du marché en 2018 – et obtenir 10% des parts de marché du fabless d’ici 2030.

L’économie coréenne cherche également à diversifier plus largement ses exportations. Tout en investissant suffisamment pour garder un avantage technologique critique sur la concurrence dans les semi-conducteurs, les autorités souhaitent développer d’autres relais de croissance, et développer des filières plus créatrices d’emplois que les semi-conducteurs, alors même que le sujet de l’emploi est au cœur de la politique économique du gouvernement.

*Ce paragraphe a été rajouté par la rédaction de Corée Affaires le 9 août 2019

“K-beauty world” : Cosmetics & Beauty Expo, à Osong en octobre 2019

2019 July 30
by Corée Affaires

Vous êtes une société française d’import-export ou un acheteur intéressé par les cosmétiques coréens ? Contactez Janghyun Oh (j.oh@fkcci.om). Le salon prendra en charge votre billet d’avion aller-retour et votre nuit à l’hôtel.

– Plus de 250 entreprises et 1200 acheteurs – Avec la participation des entreprises leaders de la K-Beauty telles que LG, The SAEM, It’s Hanbul, etc –

 

La K-Beauty et la K-pop surprennent le monde entier par leur succès fulgurant. Les soins coréens pour la peau tels que les masques, toners et crèmes, mais aussi les fonds de teint et les cosmétiques pour homme se répandent de plus en plus et mènent les tendances de beauté mondiales.

Le salon Osong Cosmetic Beauty Expo 2019, qui a connu sa genèse avec la mondialisation des industries de la beauté, célèbre son 6e anniversaire cette année. Il se tiendra à Osong, Chungcheongbuk-do, des 22 au 26 octobre. Le salon présentera les derniers produits sur le marché et proposera des rendez-vous de conseil à l’export, avec plus de 250 entreprises cosmétiques et 1 200 acheteurs présents.

 

 

Le principal hall d’exposition comportera une salle réservée aux exposants (échange d’informations et rendez-vous commerciaux), une salle de marché (axée sur les ventes) et une salle d’affaires (conseils à l’export, mise en relation). L’édition 2018 a réuni plus de 2500 rendez-vous individuels sur l’exportation des produits entre acheteurs et vendeurs de 44 pays, reflétant la demande mondiale en pleine expansion pour la K-Beauty.

 

 

Cette année, le salon présentera les entreprises leaders de la K-Beauty telles que LG Household & Health Care, Korea Cosmetic the SAEM, It’s Hanbul, Saimdang Cosmetic, BWpharm, … Cet événement va permettre d’accueillir des acheteurs étrangers et de créer de nombreuses opportunités d’affaires entre entreprises leader de la K-Beauty et acheteurs de pays cherchant à rencontrer des entreprises dynamiques de l’industrie cosmétique.

 

Source des contenus : Chungcheongbuk-do, Bio Policy Division / Tel : +82 43 220 4547

Busan : bénéficiez de services à l’investissement

2019 July 29

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Busan

Vue aérienne de Busan

Quel contexte?

La métropole de Busan, située à la pointe sud-est de la péninsule coréenne, est la deuxième plus grande ville du pays avec une population de 3,5 millions d’habitants. Busan s’est peu à peu développée comme la ville carrefour du pays, depuis son ouverture en 1876.

Grâce à ses atouts géographiques, ce hub stratégique connectant le continent eurasiatique avec le Pacifique est devenu l’une des principales places fortes logistiques de l’Asie ; il est le sixième port à conteneurs au monde, traitant environ 75% du trafic entrant et sortant de la Corée. La métropole est également bien desservie par les voies ferroviaires (notamment le train grande vitesse KTX entre Séoul et Busan) et lignes aériennes via son aéroport régional. Elle est également le point de départ et le terminus du réseau ferroviaire eurasiatique (la «Silk Road Express (SRX)» ou transsibérien) qui pourrait gagner en importance si une future réconciliation entre la Corée du Nord et la Corée du Sud permettait le passage des transports terrestres.

Ainsi, la ville de Busan a su s’imposer dans plusieurs industries et secteurs stratégiques depuis le début des années 2000, dont les industries marines, la logistique, les matériaux avancés, les médias & industries créatives, et la finance. La ville accueille régulièrement des conventions & expo internationales.

Des services à l’investissement

Pour les investisseurs qui s’intéressent à l’environnement de Busan, la ville propose un service unique et clef-en-main pour accompagner l’entreprise dans l’ensemble des étapes de l’implantation, grâce à son équipe administrative et ses spécialistes de l’investissement, mais aussi différentes incitations financières, notamment des déductions fiscales, des subventions pour l’achat de terrains, ou encore l’accès à un fonds local pour les PME. (Voir tous les avantages ici : https://english.busan.go.kr/bsordinan/1300559)

Plusieurs entreprises de rang international telles que Microsoft, Ikea, Bosch et Willow Pump se sont déjà établies à Busan comme base de leur développement en Asie.

=> Pour plus d’informations, contactez Cho Yong-joon

Bureau des Investissements et du Commerce de la Métropole de Busan +82 (0)51-888-4461

Et visitez : http://www.investkorea.org/busan_en/index.do

Des vins alsaciens au Pays du Matin calme : entretien avec le fondateur du domaine Klingenfus

2019 July 25
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Une internationalisation commencée en Europe… qui a rapidement dépassé le Vieux Continent

 

Dirigeant cette jeune entreprise familiale depuis les années 80, c’est par le jeu des relations amicales que Robert Klingenfus s’est lancé à l’export. « On a démarré en Allemagne, vers Hanovre et Hambourg. Ensuite, ce fut le Danemark, la Belgique et les Pays-Bas. On est partis avec ma sœur, un ami et une stagiaire (rires) » explique-t-il avec un brin de nostalgie. Le domaine a rapidement pris ses marques avec plus de 50 000 bouteilles vendues au Danemark soit 40% de la production aux années les plus prolifiques. « On avait essuyé quelques crises en France avec le choc pétrolier qui m’ont marqué et poussé à développer mes ventes ailleurs. Cerise sur le gâteau : j’adorais voyager ! »

C’est donc avec entrain et fort de son expérience européenne que Robert Klingenfus s’attaque au Nouveau Continent. « J’ai atterri à Cleaveland parce que j’avais un ami là-bas, Franck Kakou, le frère d’Elie Kakou, l’humoriste connu. […] Il y avait peu de vins européens là-bas, et encore moins alsaciens » décrit-il. La première année, le domaine a vendu pas moins de 10 000 bouteilles et en exporte désormais plus de 60 000 outre-Atlantique. Après les Etats-Unis, place à l’Asie qui a mis au défis notre viticulteur. « C’était difficile ; les marchés japonais et coréens sont très particuliers » explique-t-il. A force de persévérance et avec l’aide des chambres de commerce, Robert Klingenfus a fini par percer sur ces marchés.

M. Klingenfus accompagné de l'équipe appui aux entreprises de la FKCCI

M. Klingenfus accompagné de l’équipe appui aux entreprises de la FKCCI

 

« Si tu veux vendre un produit, il faut qu’il soit exceptionnel »

Cette phrase prononcée par un de ses importateurs ne l’a plus quitté. « Il m’a fallu du temps pour traduire cela dans une production » explique-t-il. Le domaine s’est ainsi tourné vers la valorisation des noms de marque. « La marque, c’est important, c’est un repère pour le consommateur. A l’époque, on avait mis en avant une cuvée Bugatti, la cuvée du grand-père, pour se forger une réputation ». La réputation : mot-clef pour les consommateurs japonais et coréen sur ces marchés du vin relativement jeunes marqués par quelques grands noms et un effet « imitation » du comportement des consommateurs. « Ce qui m’a le plus surpris en Corée comme au Japon, c’est le style de vie marqué par l’importance des groupes sociaux : les gens ne s’autorisent pas à acheter certains produits s’ils ne correspondent pas plusieurs critères sociaux comme leur statut hiérarchique, leur genre ou encore leur âge ». Robert Klingenfus regrette notamment une consommation de vin blanc dominée par la gente féminine jouissant d’un niveau de vie plutôt élevé. « Nous sommes encore sur un marché de niche surtout pour les vins alsaciens, mais les choses évoluent rapidement : les consommateurs sont de plus en plus jeunes. Ils s’orientent vers des vins moins connus et commencent à changer leurs habitudes de vie. S’ils accompagnent leurs diners de bières ou d’alcools coréens, dans quelques années ils adopteront le vin. C’est un produit plaisant aromatique et fin qui s’allie bien avec la cuisine coréenne ». En effet, le vin se démocratise en Corée. Réputé pour ses bienfaits dans un pays particulièrement soucieux d’associer bonne chère et bonne santé, la consommation de vin a augmenté sur ce marché encore peu matûre.  Les consommateurs coréens de vins importés représentent aujourd’hui 40 % de la population adulte, avec 2L consommés par an (contre 3L au Japon et 5L en Chine).

« Aujourd’hui, avoir une berline Hyundai de luxe n’est plus le principal marqueur social : il faut montrer que l’on sait manger en associant un plat avec un vin, que l’on puisse discuter du vin autour de la table, de son goût, son histoire, … Les coréens sont sensibles à cet art-de-vivre » affirme M. Klingenfus

Autre argument qui pourra jouer en faveur du producteur alsacien : son domaine a adopté une philosophie proche de la permaculture, signifiant que l’équilibre de l’écosystème est à la base de la production et que la vigne n’en est qu’une partie. « Notre travail est empirique : on est passés de conventionnels à raisonnés, à biodynamiques à la quasi permaculture. A l’heure actuelle, les coréens ne semblent pas particulièrement sensibles à la permaculture, mais ils sont interpellés ! ». Bénéficiant de la certification HVE (Haute Valeur Environnementale) mise en place par le Grenelle de l’Environnement, le domaine peut faire valoir ce certificat en Corée depuis la libéralisation des échanges commerciaux entre l’Europe et la Corée, notamment avec l’accord de libre-échange de 2008.

Vignes

 

« La FKCCI est un informateur stratégique »

« Dans ce pays qui s’ouvre et qui fonce, la chambre de commerce franco-coréenne m’a été d’une aide précieuse pour comprendre les évolutions rapides du marché et en saisir les opportunités » décrit M. Klingenfus. Présente dès les débuts de son aventure coréenne, la FKCCI lui a servi de base d’appui depuis presque 10 ans en lui proposant des services d’accompagnement, depuis l’étude de marché jusqu’à la rencontre d’importateurs. « La chambre nous a aidés à comprendre comment la consommation et la distribution de vin fonctionnent localement. Si l’on a raté quelques affaires par le passé, aujourd’hui, depuis 2 ans, il y a un frémissement et nos statistiques sont bonnes avec plus 20% de ventes l’année dernière »

Sa stratégie ? « Les vins blancs, ce sont des vins que l’on achète par coup de cœur. Mon but est de déclencher ce coup de cœur ». Ainsi avec l’aide de son importateur et de la FKCCI, le viticulteur se tourne de plus en plus vers les dégustations. Ces dégustations étaient au centre de sa dernière mission en Corée en février et il compte développer la formule à l’avenir autour d’un repas coréen. « On peut trouver des ressemblances entre cuisine alsacienne et cuisine coréenne : les viandes marinées, le choux fermenté, les herbes aromatiques,…. Et le poisson cru, c’est le Riesling ! (rires) »

 

Enfin le domaine Klingenfus s’appuie sur le réseau de la chambre pour faire connaître ses vins : en 2016 il a sponsorisé le grand gala annuel avec plus de 400 bouteilles. « C’était un excellent moyen de faire découvrir mes produits. Le vin fera toujours partie d’une discussion, ne serait-ce que pour meubler les blancs, on parle de ce qu’on a mangé et ce qu’on a bu ! (rires) Suite au gala, nous avons eu plusieurs commandes »

Entre kimchi et choucroute, il n’y a qu’un pas, alors trinquons aux futurs succès des vins alsaciens au Pays du Matin calme !